Some Random Dude's Latest Updates From "1"

Apr 8th

En attendant un nouvel article


Je m’insurge ! C’est une honte, un scandale ! Je suis PROFONDÉMENT blessé comme disent les politiques (un homme/femme politique n’est jamais simplement blessé, vexé ou choqué, non, ils ressentent toujours ces émotions PROFONDÉMENT parce que ce sont de grands sensibles ou alors ils sont adeptes du buttsex, mon cœur balance) ! Pourquoi ? Non, ce n’est pas parce que je viens d’apprendre que Priscilla ne sortira pas de nouvel album ! Non, ce n’est pas à cause de la faim dans le monde (on s’en fout, ça ne touche que les pauvres) ! Si je suis révolté c’est à cause du vilain harcèlement que vous me faites subir à coup de mails/commentaires dans ma face pour m’obliger à mettre à jour Nioutaik ! Ou va le monde si on ne peut plus glander peinard je vous le demande ?

"Oh ça va, arrêtes de chouiner vieille morue ! T’as oublié qu’ici c’est l’intraweb, la jungle, le lieu ou les pédophiles nazis communistes chinois du Québec se retrouvent pour pirater des jeux vidéo violents réalisé par des développeurs qui veulent transformer tous les enfants en psychopathes !! Il n’y a pas de place pour les loques, ici c’est écrit ou crève alors tu vas écrire saperlipopette !!1"

Hum, d’accord, je vois ! Et bien si vous voulez manger du texte vous allez manger du texte jusqu’à en faire caca l’alphabet c’est moi qui vous le dit ! Par contre comme je suis une faignasse et qu’il faut bien vous faire patienter jusqu’à ma prochaine pavasse (promis j’en pond une d’ici la fin du mois, j’ai déjà le thème, me faut juste un peu de temps pour le rédiger) je vous propose de découvrir (ou redécouvrir j’espère oO), tous mes articles publiés dans 42. Comme ça même les habitants du Gers qui n’ont pas pu télédowncharger le meilleur magazine de l’intraweb à cause de leur modem 33k ou les élitistes qui ne veulent "lire que du Cerb parce que c’est le plus beau, le plus fort et que même sa sueur elle sent l’eau de toilette juste avant qu’on tire la chasse" pourront en profiter !

Bref, trêve d’introduction à rallonge, voici la liste complète avec à chaque fois un bon gros lien en image pour accéder à l’article en ligne ainsi qu’un aperçu rapide du thème pour savoir dans quoi vous mettez les pieds. Il y en a pour tous les goût ! Les articles sont classé par ordre de publication pour votre convénience comme disent les anglais qui tentent de parler Français. En joie !



Champignon Pauvre gameplay (Numéro 1 – Février 2009)


Saparle2koa ? : Article de vieil aigri sur la lente descente dans les abîme du neuneuisme du gameplay dit "nouvelle génération". Même que le Prince de Perse en prend dans la face ce traitre.



Champignon La rubrique jeux-vidéo de FdF (Numéro 1 – Février 2009)


Saparle2koa ? : Famille de France donne des conseils avisés à tous les parents consciencieux souhaitant acheter un jeu "sain" à leurs charmantes têtes blondes.



Champignon Pourquoi Superman porte-t-il son slip par dessus ses habits ? (Numéro 1 – Février 2009)


Saparle2koa ? : Toutes les théories pour tenter de comprendre le comportement stupide du plus naze des super héros.



Champignon Twilight : la critique positive (Numéro 2 – Mars 2009)


Saparle2koa ? : Parce qu’il y en a marre de tous ces gens qui font rien que dire du mal de Robert Pattiiiiiiiiiiiiiiinson, de toute façon c’est rien que des nazis !



Champignon Top 8 du pourquoi Lost c'est chiant (Numéro 2 – Mars 2009)


Saparle2koa ? : Lost, la seule série ou les scénaristes sont plus perdus que leurs spectateurs.



Champignon Comment devenir un tyran (Numéro 2 – Mars 2009)


Saparle2koa ? : Un petit guide pratique à l’usage des Polpots en herbe qui veulent dominer le monde.



Champignon Tutorial pour faire un RPG pourri (Numéro 3 – Avril 2009)


Saparle2koa ? : Foirer son jeu c’est tout un art, en voici le mode d’emploi adapté aux RPG (ou JDR pour les intégriste de la langue qui sent le claquo). C’est encore plus amusant depuis la sortie de FFXIII d’ailleurs.



Champignon Tu want to believe un peu fort ! (Numéro 3 – Avril 2009)


Saparle2koa ? : Démonstration prouvant, grâce à deux exemples célèbres, qu’à force de vouloir absolument croire aux Aliens on fini par occulter les évidences et énerver Ockham.



Champignon La durée de vie des jeux-vidéo (Numéro 4 – Mai 2009)


Saparle2koa ? : Aperçu presque complet du vaste débat "pro jeux courts" et "pro jeux longs" avec même une structure de folie thèse/antithèse/synthèse à faire mouiller les profs de Français !



Champignon Top 10 DragonBouse : Evolution (Numéro 4 – Mai 2009)


Saparle2koa ? : Top 10 des éléments du film qui respectent vaguement (faut pas trop en demander) l'univers Dragonball. Parce qu’après un tel viol cinématographique il est important de faire le décompte des survivants (les victimes étant trop nombreuses) !



Champignon X-Men Origins - La critique positive (Numéro 5 – Juin 2009)


Saparle2koa ? : N’écoutez pas tous ces fanboys hystérique qui crient au scandale, Wolverine origins est un chef d’œuvre du 7ème art et ce malgré l’absence de plan fixe et muet en noir et blanc s’éternisant pendant 20mn.



Champignon Les super-héros du quotidien (Numéro 5 – Juin 2009)


Saparle2koa ? : Vous côtoyez peut être des super héros tous les jours sans le savoir. Mais qui sont ils ?



Champignon Techniques de combat ninjas (Numéro 5 – Juin 2009)


Saparle2koa ? : Pas forcément besoin d'être un roi du karaté pour imposer le respect à coup de mandales dans la tronche.



Champignon Test Sexy Beach 3 (Numéro 6 – Juillet/Août 2009)


Saparle2koa ? : Un test de jeu hentai avec du boobs virtuel, que demander de plus ?



Champignon Canons de beauté (Numéro 6 – Juillet/Août 2009)


Saparle2koa ? : Article sur le pourquoi du comment les critères de beauté actuels se sont formés et en quoi ils sont une aberration totale. Mince, dit comme ça ça a l’air vachement chiant en fait :p



Champignon Inventions méconnues (Numéro 7 – Septembre 2009)


Saparle2koa ? : Fuck yeah ! Science !



Champignon La Wii m'a tuer (Numéro 8 – Octobre 2009)


Saparle2koa ? : 100% d'objectivité pour démontrer que la Wii a fait plus de mal que de bien aux jeux vidéo.



Champignon Daikatana (Numéro 11 – Janvier 2010)


Saparle2koa ? : Retour sur une des plus grosse catastrophe vidéoludique de l'univers.



Champignon Neon Genesis Evangelion (Numéro 13 – Mars 2010)


Saparle2koa ? : Un article totalement objectif pour expliquer pourquoi Evangelion est le meilleur anime du monde et que ne jamais en avoir vu un épisode est une faute grave passible de crachat au visage dans la rue.



Champignon Olive & Tom & Loi de gravitation (Numéro 14 – Avril 2010)


Saparle2koa ? : Ce n’est pas parce qu’on est un dessin animé que l’on doit autant violer les lois de la physique gravitationnelle !!



Si vous n’en avez jamais lu un seul ça devrait vous occuper un bon moment, sinon j'ai également mis à jour la galerie ! N’hésitez d’ailleurs pas à "lâcher vos comz lol" en précisant le titre de l’article auquel vous faites référence pour que je puisse m’y retrouver. Vous avez aussi le droit de lire les articles des autres rédacteurs au passage, ils sont tous formidable, grands, beaux, fort (petit)et ils vont me cogner si j’oublie de le dire :’( (/petit).

Apr 6th

Pédophilie : les catholiques étaient prévenus

C’est pas comme si on n’avait pas été prévenus. Le Christ a insisté. Lourdement. C'était il y a vingt siècles, mais, figurez-vous, c’est comme si son message était encore d’actualité. Jésus-Christ: "Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait; mais vous n'êtes pas du monde: c'est moi qui vous ai mis à part du monde et voila pourquoi le monde vous hait" (Jean 15, 18-19, mais aussi Matthieu 5, 10-12, et 24, 9).

C'est plus élégant que le plus actuel « t’as signé, c’est pour en chier », mais dans l’esprit, c’est pas si loin. Alors, quand, en fin de Carême, la « montée au calvaire » fait écho à la crucifixion de l’Eglise dans ces affaires si tragiques de pédophilie, la douleur se mêle à la résignation et au déjà-vu.

Souffrance pour les victimes tout d’abord, personnes blessées à vie. On pense à ses propres enfants. Douleur aussi de voir que des prêtres ont été criminels, qu'ils ont trahi ces enfants, qu'ils nous ont trahis avec eux. Douleur d'apprendre que des évêques se sont rendus coupables de manquements graves.

Puis il y a la douleur de voir certains saisir l’occasion de faits dramatiques pour solder leurs comptes avec l’Eglise. Ce serait l’occasion d’en finir avec le célibat des prêtres, puisqu'il y aurait une cause structurelle aux actes de pédophilie dans l’Eglise. Et cette cause toucherait à la figure même du prêtre, figure centrale évidemment. Fort heureusement, même si certains persistent à la relayer, l’explication fait long feu.

On apprend ensuite que le frère du pape aurait pu avoir connaissance de faits dans la chorale qu’il dirigeait. Le Pape lui-même aurait-il su? Aurait-il tu? On le tiendrait... Puis on lit que ces faits portaient sur une période antérieure à celle durant laquelle le frère du pape dirigeait cette chorale. Mais qui l’a retenu? Les gros titres et les dégâts sont là.

La première salve est passée, le pape n’a pas démissionné. Alors, on va apprendre que, lorsqu’il était archevêque, il aurait permis à un prêtre pédophile de suivre une thérapie dans son diocèse. En 5 ans d’exercice, voilà tout ce que de zélés archivistes lui imputent. La salve passe encore. Puis on la ressert ensuite, en laissant croire qu'il s'agirait d'un nouveau cas.

Vient enfin le tir serré: l’affaire Murphy. Le cardinal Josef Ratzinger a été préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi durant près d'un quart de siècle. Son terrain d’action? Le monde. Mais au New York Times, on a trouvé un cas. Un cas dans lequel on pourrait enfin impliquer le pape. 23 ans d'exercice, 400.000 prêtres, 1 cas.

Mais un cas de quoi? Non seulement l''affaire" n'est pas ce qu'on en dit (comme le rapporte le juge du tribunal ecclésiastique); mais elle n'a jamais été un cas dans lequel  le Pape aurait couvert des faits d’abus, contrairement à ce que la presse unanime a écrit, puisqu’ils étaient publics depuis 20 ans. Non, un cas dans lequel il n’aurait pas "réduit à l’état laïc" (c’est-à-dire retirer la qualité de prêtre) un homme mourant. Pour quelle raison? Peut-être parce que l’homme vivait reclus depuis 20 ans, qu’il n’était plus en contact avec des jeunes, que la nécessité de réduire à l’état laïc un mourant n’apparaissait pas évidente. Peut-être parce que cette sanction n’aurait guère eu d’impact. Ou parce qu’un procès de cette nature prend un temps que n’avait plus à vivre le Père Murphy.

Un cas, donc. Un unique cas, plus qu'incertain, en 23 ans d'activité, et pas un cas de "couverture". Mais le New York Times ne lâche pas.

Alors, la souffrance, la douleur, l’agacement, font place à la colère. Et l’on redresse la tête. Marre de prendre des coups de gourdin. Marre de voir stigmatisés des hommes, les prêtres, qui ont mis leur vie au service des autres. Marre de voir conspuée une Eglise dont la réalité indiffère les médias. Marre de voir ignorer l’action réelle du Pape.

Parce que ceux qui s’acharnent à atteindre le Pape, ceux qui entretiennent les spéculations sur sa démission, oublient les victimes, oublient leur intérêt. La chasse est lancée, la machine s’est emballée. Et, dans leur chasse, ils oublient que Benoît XVI est l’homme qui a pris en main la lutte contre la pédophilie, l’homme qui a décidé de faire la lumière, l’homme qui a pris le risque de la vérité.

Le 25 mars 2005, celui qui n’est pas encore pape mène le chemin de croix. Pour la neuvième station, il s’écrie: "Que de souillures dans l’Eglise, et particulièrement parmi ceux qui dans le sacerdoce devraient lui appartenir totalement". L’allusion est transparente.

Benoît XVI, c’est aussi l’homme qui fait le ménage parmi les Légionnaires du Christ. Benoît XVI, c’est le pape qui, en instaurant la "tolérance zéro" sur les faits de pédophilie dans le clergé, a permis la révélation de tous ces faits, vieux de dizaines d’années.

De la lassitude, de la colère, sort une sommation, un appel.

Pour un traitement juste.

Un appel à la vérité.

Tribune écrite pour

*

*  *

Cette tribune aura pour certains ici, un air de déjà-lu, et j'ai bien conscience que nous avons d'ores et déjà beaucoup échangé sur le sujet. Le Post m'a proposé d'écrire une tribune sur le sujet, d'où celle-ci, qui se veut synthétique, et une explication de l'évolution qui aboutit à l'appel. Même si je redoute la nature des commentaires qui vont s'ensuivre, l'expérience me paraît intéressante, voire même utile.

Il y a en effet un risque contre lequel il faudrait se prémunir : sembler oublier qu'avant tout, il y a eu des victimes d'actes destructeurs. Nous sommes amenés à réagir à des attaques malvenues et opportunistes mais il faut s'efforcer de garder à l'esprit l'ensemble des données de cette crise.

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Apr 1st

Appel à la vérité

En ce Jeudi Saint, fête des prêtres, nous lançons un appel, appel à la vérité. Sur les abus sexuels, sur Benoît XVI, et sur l'Eglise catholique.

Retrouvez le texte de l'appel, la liste des signataires sur le site de l'Appel à la vérité, et signez l'appel.

*

L’appel

Les affaires de pédophilie dans l’Église sont, pour tous les catholiques, une source de peine profonde et de douleur extrême. Des membres de la hiérarchie de l’Église ont eu, sur certains dossiers, de graves manquements et dysfonctionnements, et nous saluons la volonté du pape de faire toute la lumière sur ces affaires.

Avec les évêques, et en tant que membres de la même Église, les laïcs catholiques assument le poids des crimes de certains prêtres et des défaillances de leurs supérieurs ; ils se rangent résolument, ainsi que le Christ invite à le faire, du côté de ceux qui souffrent le plus de ces crimes, c’est-à-dire les victimes, tout en priant pour les coupables.

Quant à nous, nous souhaitons de tout cœur que toute la vérité soit faite et qu’avec le concours de tous les hommes et femmes de bonne volonté, il soit débattu sereinement et fraternellement, dans l’Église catholique, de tout ce qui a pu rendre possible ces offenses portées aussi au Christ.

Dans le même temps, nous regrettons l’emballement et la surenchère médiatiques qui accompagnent ces affaires. Au-delà du droit à l’information, légitime et démocratique, nous ne pouvons que constater avec tristesse, en tant que chrétiens mais surtout en tant que citoyens, que de nombreux médias dans notre pays (et en Occident en général) traitent ces affaires avec partialité, méconnaissance ou délectation. De raccourcis en généralisations, le portrait de l’Église qui est fait dans la presse actuellement ne correspond pas à ce que vivent les chrétiens catholiques.

Tout en redisant notre horreur devant le crime de prêtres pédophiles et notre solidarité envers les victimes, nous appelons les médias à une éthique de responsabilité qui passerait par un traitement plus déontologique de ces affaires. Les phénomènes d’emballement médiatiques ne sont pas réservés, et de loin, à l’Église ; mais nous sommes fatigués et meurtris de cet emballement-là. Nous pensons à tant de prêtres qui portent avec courage, et parfois dans la solitude, le message du Christ.

Nous sommes avec eux.

Nous saluons la lettre des évêques de France au pape Benoît XVI, et souhaitons voir l’Église catholique sortir avec sérénité et responsabilité de cette épreuve douloureuse.

l'Appel à la vérité

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Mar 26th

Vous n’aurez pas la peau de Benoît XVI. A moi les légions !

Comme il était sur les bords du lac, il s'éloigna pour prier. Un jeune homme, qui se tenait à l'écart,  s'approcha alors et lui dit, pour le mettre à l'épreuve1: "rabbi, tu nous as dit de tendre la joue gauche quand on nous a tapé sur la droite, d'aimer nos ennemis, et que l'on soit heureux d'être martyrisé en ton nom". Il répondit : "oui", car ce n'était pas le genre à faire des phrases juste pour parler. "Mais, rabbi - reprit le jeune homme - parfois, tout de même, on nous les brise, et menues, d'accord ?". Lui, ne disant rien, traçait des dessins dans le sable avec ses doigts. "Alors, est-ce qu'il y aurait pas des fois où on pourrait allonger une bonne torgnole, hein, rabbi ?". Levant la tête, il plongea longuement son regard dans le sien, avec cet air de douceur, d'incrédulité et de lassitude que Pierre, Paul et Jacques lui connaissaient bien. Il lui dit : "Tu n'as donc encore rien compris ? Pour toi, qui suis-je ? Juste un type qui se balade, et qui perd son temps à élaborer un tas de paraboles avant de faire des exceptions à l'amour du prochain ? Hum ?", et passant au milieu de, enfin, là, à côté, il allait son chemin vers une barque, pour mettre l'eau entre ledit jeune homme et lui-même, parce qu'il a beau aimer tout le monde, y'en a parfois qui se posent là. Le jeune homme le suivait et, tirant son vêtement, lui dit : "mais, rabbi, toi-même, une fois, le Temple, les marchands, la corde, tout ça...". Se retournant d'un geste ample et vif à la fois, ce qui n'est pas facile à faire, il lui répondit : "dis donc, mon colon, je me suis énervé une fois, juste une, une toute petite fois. Vous n'allez pas me le ressortir à chaque fois que vous voulez justifier une taloche, hein, capice ? Maintenant, sois mignon, va donc faire oraison un poil sur la montagne là-bas et laisse-moi prier." Et, montant dans une barque, il s'éloigna. Une brise légère faisait onduler la surface de l'eau, les fleurs exhalaient le doux parfum du printemps galiléen et le soleil dardait ses deniers rayons depuis les coteaux d'olivier. C'était sacrément propice au recueillement. Mais le jeune homme, qui n'était pas du genre à lâcher l'affaire, descendit de la montage en chantant, arrivé sur le ponton, prit son élan et, au terme d'une course folle, atterrit dans une girandole mémorable au pied de la barque. S'agitant frénétiquement pour ne pas se noyer,  dans un ultime effort, le jeune homme tendit son bras et cria vers lui : "rabbi, juste un bourre-pif ?!". "Juste un".2

photo : la mer de galilée, par Mr. Kris

Car il est venu, le temps des bourre-pifs. A moi les légions ! Par Saint Michel et par Saint Georges !

La chasse au Pape est ouverte

C'est la saison. Les offensives se succèdent, les parades et les reprises. Vous croyez la bataille remportée, elle reprend sur un autre flanc. L'"affaire Georg" a sombré ? Une nouvelle émerge. Il devient de plus en plus évident que l'objectif, désormais, est d'atteindre le Pape. Pensez donc : puisqu'il reconnaît les fautes des prêtres, celle des évêques ! Il faut taper plus haut, au sommet, à la tête. Oh, je ne dis pas : les raisons peuvent être multiples. D'une offensive coordonnée qu'il est toujours risqué d'invoquer, à une simple mais solide convergence d'intérêts, en passant par la seule volonté journalistique de sortir le scoop ultime : l'implication personnelle du Pape dans les actes de pédophilie. Comme l'écrit une éditorialiste britannique : "The media wants a scapegoat, because to claim a big scalp is a sign of successful reporting"3. Ah, si seulement on pouvait lui imputer un cas... Et les appels à la démission commencent à poindre, y compris chez des catholiques atteints par la lassitude.

La semaine avait pourtant commencé sur un acte fort du Saint Père. Dans sa lettre pastorale aux catholiques d'Irlande, le Pape ne masque rien de la gravité des fautes, celle des prêtres pédophiles, celle des évêques qui ont couvert leurs agissements. Les mots sont sans concession.

Aux prêtres qui ont abusé d'enfants, il écrit :

"Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. Vous avez perdu l'estime des personnes en Irlande et jeté la honte et le déshonneur sur vos confrères. Ceux d'entre vous qui sont prêtres ont violé la sainteté du sacrement de l'Ordre sacré, dans lequel le Christ se rend présent en nous et dans nos actions. En même temps que le dommage immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre l'Eglise et la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse. (...) Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu."

Aux évêques  :

"On ne peut pas nier que certains d'entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement, dans l'application des normes du droit canonique codifiées depuis longtemps en ce qui concerne les crimes d'abus sur les enfants. De graves erreurs furent commises en traitant les accusations. Je comprends combien il était difficile de saisir l'étendue et la complexité du problème, d'obtenir des informations fiables et de prendre des décisions justes à la lumière de conseils divergents d'experts. Malgré cela, il faut admettre que de graves erreurs de jugement furent commises et que des manquements dans le gouvernement ont eu lieu."

La démarche était forte. L'Eglise, par la voix du Pape, reconnaît les faits graves, reconnaît les manquements des évêques. D'ailleurs, si les medias français ont une nouvelle fois fait preuve d'une partialité obtuse, elle a été justement accueillie par certains, dont des victimes irlandaises, comme un "acte historique".

Quelles sont les références du quotidien de référence ?

Mais il faudrait être naïf pour imaginer que nos medias s'en tiennent à une perception positive. Si le quotidien-de-référence reconnaît "une première dans l'histoire de l'Eglise catholique", il nous a gratifiés d'une fottorinade. Comprenez, si Benoît XVI en est là, c'est contraint et forcé, et puis, dans sa lettre, Benoît XVI "privilégie pour le moment des réponses... de pape". Il a bien essayé les réponses de joueur de banjo, Benoît, mais il n'y arrive pas et rejetez le naturel qu'il revient au galop : chaque fois qu'il parle, il peut pas s'empêcher de faire le pape. Au rang des réponses pas-de-pape, en revanche, Eric Fottorino manque cruellement d'imagination. Le tout est de penser que celles-là, en tout cas, elles suffisent pas. Mais bon, pour ne pas rester sec, voili-voilou, hop, le célibat. Ouais, mon petit Eric, tu as raison de noter que ce n'est pas "une solution miracle". C'est même peut-être plutôt une solution à la con, si tu me permets l'expression.

Et d'ailleurs, Eric, Eric, Eric, l'as-tu vue ta motivation ? "On ne fera pas longtemps l'économie d'un débat sur la pertinence d'une règle aussi désuète". Oh, tu t'es relu ? Alors donc le célibat des prêtres serait "désuet". Pas funky, pas groovy, pas top cool, le célibat. Tu parles d'une justification. Parce que la modernité, Eric, ça varie. Et c'est parfois pas joli-joli, la modernité. Dans les années 70, par exemple, la pédophilie, c'était pas désuet, non, c'était même très trendy, y compris au Monde. On se souvient des histoires d'enfants jouant avec la braguette d'un ancien leader étudiant. On se souvient aussi des pétitions appelant à ne pas pénaliser la pédophilie, publiées notamment dans Libération. Libération, qui publiait, aussi un appel à constituer le Front de Libération des Pédophiles.

C'est aussi dans Le Monde que l'on trouva entre autres, en octobre 1976, cette recension d'un album de Schérer et Hocquenghem (voir Un siècle de pédophilie dans la presse) :

« les auteurs ne cachant pas que le corps des enfants — sexué, désirant, désirable, ludique — les intéresse. Leur livre n’est pas « à mettre entre toutes les mains » aurait-on dit naguère. On serait bien embarrassé, aujourd’hui, de préciser lesquelles. Celles des parents, peut-être. »4

Ah ça, la pédophilie, c'était pas "désuet". Et l'on aimerait d'ailleurs connaître l'impact de ce climat de mansuétude sur les actes de pédophilie commis, d'autant qu'ils sont nombreux à remonter à ces années-là. Benoît XVI y fait d'ailleurs indirectement référence dans sa lettre pastorale aux catholiques d'Irlande.

Alors, Eric, si tu savais, ta modernité, ta modernité... Eric, si tu savais, ta modernité, où on s'la met...

Toujours dans Le Monde, hier seulement, un article brillamment titré : "les indulgences de l'Eglise de France". Lisez-le, c'est intéressant : pas une seule ligne ne vient étayer le titre. Pas un seul élément ne vient appuyer l'hypothèse d'une indulgence. Mais le mal est fait, l'Eglise de France est impliquée.

Affaire Murphy, la mystification

Le Monde, aujourd'hui5 : "Pédophilie, le Pape au cœur du scandale". C'est l'affaire Murphy, l'affaire de ce prêtre qui a abusé d'un nombre impressionnant d'enfants sourds dans les années 70 : le Pape aurait couvert. Alors, ça y est, on le tient ? Et, en prime, on tient Jean-Paul II ? Oui, parce que, nous dit-on, si le Cardinal Ratzinger en a parlé à Jean-Paul II, alors Jean-Paul II ne peut pas être béatifié (c'est malheureusement trop tard pour le traduire en justice), et s'il ne lui en pas parlé, c'est lui qu'il faut pendre par les couilles.

Et tant pis si des explications ont été données dès hier, tant pis si elles sont disponibles par plusieurs sources : le Vatican n'a pas couvert un cas de pédophilie. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été saisie uniquement en raison du fait que certains abus avaient été commis dans un confessionnal, ce qui constituait une circonstance aggravante, mais l'affaire était connue des autorités civiles, auxquelles elles avaient été dénoncées, et religieuses depuis vingt ans.

Si le Père Murphy n'a pas été réduit à l'état laïc, c'est uniquement parce qu'il était mourant (il décéda effectivement quatre mois après avoir contacté le Vatican), qu'il vivait reclus et qu'aucun signalement d'abus n'avait eu lieu depuis vingt ans. Il faut donc être clair, voire se répéter : en aucun cas, l'affaire Murphy serait une affaire de couverture d'actes de pédophilie !

Ces explications sont disponibles : le Vatican les a données, amplement, elles ont été relayées6,  y compris de façon très didactique. Quel journaliste peut encore publier un article sur le sujet sans même les relater ?

Benoît XVI is part of the solution

La meute irresponsable et inconséquente se déchaîne, sans souci des faits, sans recul non plus. La hargne est plus forte.

Or, comme le notait L'Express, qu'on ne connaît pas calotin 7 :

"La situation est d'autant plus douloureuse pour Benoît XVI que c'est lui, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui, par sa lettre du 18 mai 2001, intitulée De delictis gravioribus (Des délits les plus graves), a rompu avec la très longue tradition du secret sur ces questions. "Ratzinger est irréprochable, insiste le vaticaniste Giancarlo Zizola (L'Eglise, le pouvoir et les religions dans la mondialisation, éd. Desclée de Brouwer). Il a prôné la tolérance zéro, engagé les évêques à dénoncer les prêtres fautifs et permis une assistance matérielle aux victimes."

Si je ne suis pas en phase avec tout son edito, c'est aussi ce que souligne une éditorialiste du Telegraph : "Benoît XVI is part of the solution, not of the problem". Comme elle le souligne - entre autres bonnes questions, comme lorsqu'elle relève que, dans l'affaire Murphy, la police n'avait pas cru les victimes et avait lavé le Père Murphy de tout soupçon - cette frénésie d'accusation du Pape risque de faire obstacle au travail qu'il a mis en place depuis de longues années afin de crever cet abcès, et faire la lumière sur les cas qui se sont produits.

Personne ne s'interroge pour savoir pourquoi tant d'affaires, pourtant vieilles de vingt à cinquante ans, ressurgissent maintenant ? Personne ne se demande donc si Benoît XVI n'est pas pour quelque chose dans cette soudaine libération de la parole ?

Alors, non, il ne faut pas souhaiter la démission de Benoît XVI, il ne faut pas se lasser, ni paniquer. Ok, ces affaires sont douloureuses, ok, on s'en prend plein la gueule pour pas un rond et sans avoir rien fait, pour notre part. Ces affaires sont lourdes, les dégâts sont immenses, mais il faut y faire face. Et c'est peut-être pas fini.

Il ne faut pas souhaiter la démission de Benoît XVI (outre le fait qu'elle serait injustifiée), et Benoît XVI ne démissionnera pas. C'est encore ce que souligne Jean-Marie Guénois, du Figaro :

"Benoît XVI est plutôt dans l'esprit de quelqu'un qui entend utiliser le temps et la responsabilité qui lui sont donnés, pour pousser l'Eglise a vider cet abcès dont trop de jeunes victimes innocentes ont payé le prix à coût de vies gâchées. Ce qui est une énorme responsabilité pour l'Eglise catholique. Il faut donc lui donner le crédit - comme l'a fait intelligemment Angela Merkel, la chancelière allemande - de la volonté de clarifier ce passé et de garantir l'avenir. Et tant pis - pense Benoît XVI - pour son image et celle de l'Eglise."

Sans vouloir tomber dans l'hagiographie, je ne crois pas qu'il soit de bonne politique de nuire à un homme qui choisit, au prix de son image et de sa réputation, de mettre à profit le temps qui lui reste pour crever cet abcès.

Et tant pis s'il est un peu... désuet.*

Notes

  1. ce devait être un scribe, ou un pharisien, l'histoire ne le dit pas, mais y'a des chances
  2. de l'Evangile selon Koz, pas saint pour un sou
  3. les medias veulent un bouc-émissaire, parce que revendiquer un beau scalp est le signe d'un reportage réussi
  4. Anne-Claude Ambroise-Rendu Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Paris X – Nanterre. Membre du comité de rédaction du Temps des médias. Voir spécialement les numéros 29 et suivants
  5. enfin letemps.ch publié par Le Monde
  6. en français, ici
  7. une fois n'est pas coutume, donc on attendra une deuxième fois pour s'émerveiller
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Mar 23rd

Itw | Pédaler plus vite, et assumer le débat sur l’identité nationale (David Douillet)

Après Patrick Karam, manifestement adepte du discours guerrier et du close-combat, une autre technique de combat avec David Douillet. Le judo prédispose-t-il à analyser avant de réagir ? L'analogie est certainement foireuse mais je m'en serais voulu de ne pas la tenter.

Entre deux appels de sa circonscription lui transmettant les résultats détaillés et une interruption par Valérie Pécresse, j'ai donc recueilli son sentiment sur le résultat de façon générale, la perception des orientations stratégiques du Président pas les électeurs1 et enfin la façon dont le débat sur les régionales - ou ce qui en a tenu lieu - a pu être mené.

En ce qui concerne les éventuelles leçons du scrutin, David Douillet ne veut pas d'une réaction "impulsive" :

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Le résultat du scrutin lui paraît fortement impacté par la crise, ce qui n'est pas une raison pour marquer le pas sur les réformes :

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En ce qui concerne la tenue du débat sur l'identité nationale, dont on peut penser qu'il a été lancé avec quelques intentions électoralistes, et se sera révélé un mauvais choix à tous égards, tant sur le fond que sur la forme, notamment en ce qu'il a donné une inflexion au débat électoral qui l'a bien éloigné des vrais enjeux - à dessein peut-être, initialement - David Douillet considère qu'il s'agit d'un débat qu'il faut mener jusqu'au bout et dont l'objectif véritable est bel et bien d'unir les français. Ma légendaire bonne éducation et la crainte d'abuser du temps de mon massif interlocuteur m'ont empêché de disconvenir respectueusement, ou de faire valoir que, si telle était l'intention, c'est tout de même rudement ballot de l'avoir mené comme il l'a été.

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Sinon, David est quelqu'un de fort sympathique, qui fume des cigarillos, dont le motif des pompes - je suis plus proche de ses pompes que de ses épaules, d'où l'observation - évoque les santiags, mais qui se fout pas mal que je sois ceinture verte de judo. Comprend pas.

*

Après David Douillet, mon guide, Matthieu Creux, accompagné de Cyrille Fonvielle, m'a introduit auprès de Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau, et porte-parole de Valérie Pécresse.

Même question, sur les raisons pour lesquelles le débat a si peu porté sur les régionales. Pour Frédéric Valletoux, la raison essentielle tient à la volonté du Parti Socialiste de tirer parti du climat national, et à la tactique de Jean-Paul Huchon, qui a esquivé tout véritable échange sur les enjeux régionaux.

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On peut là aussi disconvenir sur la volonté de donner une portée nationale à ces élections. Le moins que l'on puisse dire est que la position adoptée par Nicolas Sarkozy a varié, passant d'une volonté de n'attribuer à cette consultation régionale qu'une portée régionale à celle de prendre acte de la portée nationale qu'elle ne manquerait pas d'avoir, et d'envoyer tant de ses ministres au combat. Il est certain, en revanche, que les candidats socialistes - et Huchon le premier - ont pu se contenter d'une campagne "pépère" dont le premier impératif aura été de donner le moins de prises possibles à l'adversaire. Ca me fait penser qu'en judo, la non-combativité est sanctionnée. Mais puisqu'on a dit que l'analogie est foireuse...

Nous en sommes venus à la question des stratégies de Nicolas Sarkozy, évoquées dans ce précédent billet. Frédéric Valletoux écarte tout d'abord l'idée que Nicolas Sarkozy fonctionne selon des stratégies électoralistes. On ne manquera pas de lui crédit de sa fidélité à cet égard. Il laisse surtout entendre que la stratégie aurait pu faire l'objet de déclinaisons locales, afin de mieux s'adapter aux réalités politiques régionales.

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Enfin, parce que le passé c'est le passé, j'ai tenté d'évoquer la suite des évènements. A cet égard, Valérie Pécresse paraît bien installée dans son rôle d'opposante régionale, et d'ores et déjà en lice pour le prochain scrutin, qui se tiendra dans quatre ans. Comme le souligne Frédéric Valletoux, le mandat sera court cette fois-ci. Il sera peut-être plus vif pour cette raison.

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Il n'y a donc plus de débat sur la présidence du groupe. D'ailleurs, "il n'y a jamais eu de débat, sauf dans l'esprit de quelques-uns". On rappellera qu'une éventuelle contestation par Roger Karoutchi a été évoquée un temps.

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Karoutchi, il est vrai, sera trop occupé pour tenter un combat perdu, puisque comme on me l'a annoncé ce soir-là, les bruits sont fondés  et sa constante déloyauté durant la campagne - complaisamment relayée sur le site media de son compagnon - sera dûment récompensée par Jean-Paul Huchon, qui lui offrira la présidence de la Commission des Finances au Conseil Régional. Peut-être la dernière chance de bénéficier d'une voiture avec chauffeur pour ce Besson régional, en plus fourbe.

mise à jour : oui, oui, j'ai refait mon titre, en plus vendeur. Notez que je me suis retenu : "le débat sur l'identité nationale est fait pour réunir les français" aurait été encore plus accrocheur. Que Frédéric Valletoux me pardonne, mais David Douillet est un bon appât.

crédit photo : ro_buk*

Notes

  1. question mal posée, d'ailleurs, je préfère le dire avant vous
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Mar 22nd

Itw | « Huchon, c’est la victoire du mensonge, de la trahison et du reniement »

En fin de compte, Jean-Paul Huchon se félicitera peut-être que ce mandat ne dure que quatre ans. Si Patrick Karam tient durant quatre ans le programme qu'il se fixait hier soir, sur le ton qu'il a adopté hier soir, ce mandat risque en effet d'être long pour Huchon.

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Pour Patrick Karam, que l'on m'a présenté hier à la péniche de Valérie Pécresse comme un Lefebvre en puissance - sacré programme - l'heure est effectivement à l'offensive frontale : Jean-Paul Huchon est nuisible à la politique française et il mènera, contre lui, durant quatre ans, une opposition de combat, sous la direction de Valérie Pécresse, "chef de guerre".1

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Nous verrons, au prochain épisode, que David Douillet se veut moins "impulsif". Une autre technique de combat peut-être.

*

Notes

  1. ma deuxième question, que l'on n'entend pas, portait sur la perte éventuelle des électeurs de centre-droit. Remarquez que, puisqu'il ne répond pas à la question posée, la coupe n'est pas une perte insupportable
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Sarko, un problème de râteau ?

Le festival des "leçons du scrutin" est lancé, avec pour point commun le fait que les uns et les autres trouveront nécessairement dans les urnes la confirmation de ce qu'ils ont toujours prôné.

D'ailleurs, c'est bien parce qu'on ne les a pas écoutés qu'on en est là aujourd'hui. Bien évidemment, ces leçons ne concorderont pas.

La gauche expliquera que l'on n'a pas pris en compte les aspirations légitimes des français et que l'on casse le service public. Les chiraquiens, que l'on ne tâte plus aussi bien le cul des vaches. Les démocrates-chrétiens, que l'on n'est guère chrétien et... enfin, si, tout de même, démocrates, faut pas pousser. Bref, seuls les sarkozystes n'ont pas le droit de jouer. Notez qu'ils ont le pouvoir : ils peuvent pas tout avoir non plus.

Alors, hein, les leçons des régionales ? Est-ce qu'il y en a vraiment tant à tirer ? Il faut l'affirmer. C'est plus décent. Mais combien de scrutins intermédiaires ont conforté le pouvoir en place, depuis vingt ans ? Prenez les régionales : on se souviendra de 92, en pleine crise, déjà. Faut-il vraiment s'étonner que, au cours de la plus grave crise économique que la France ait connu depuis 1945, le pouvoir en place ne soit pas au faîte de sa popularité ?

Mais ne relativisons pas plus que ne l'ont fait les politiques ce soir : c'est une bâche, un râteau. Sarko n'aurait-il pas d'ailleurs un vrai problème de râteaux ? Il en a pris, qu'il n'a pas souhaités et celui qu'il a choisi serait le mauvais. On s'explique...

Il a voulu draguer à gauche. Dès son premier gouvernement. Il fallait briser cette idée que Sarkozy soit l'homme d'un clan. La stratégie s'est poursuivie et a culminé avec les nominations de Mitterrand puis, à quelques jours des élections, de Charasse qui restent, malgré les dénégations des socialistes, bel et bien perçus comme des hommes de gauche. Il a dragué à gauche, la gauche n'a pas voté pour lui. Rateau.

Il a voulu draguer à l'extrême-droite. Burqa, identité nationale, sécurité... il fallait siphonner le FN. Ca pouvait marcher mais cela supposait de suivre une fine ligne jaune, si fine. Et nombreux sont ceux qui ont pensé qu'elle a été franchie. Il a dragué à l'extrême-droite, selon toute vraisemblance, elle n'a pas voté pour lui. Rateau.

L'explication est certainement simpliste mais l'idée de tenter un rassemblement de la gauche à l'extrême-droite n'avait-elle pas un air de grand écart à tendance casse-gueule ? Sarkozy n'a-t-il pas négligé, avec tout ça, l'épouse fidèle ?

Il a voulu ratisser large, il s'est saisi d'un râteau. Il l'a pris pleine face. Surprenant ? Non. Si l'on part du principe que c'est un urbain, pas un habitué du râteau.

En revanche, il pourrait interroger Jean Dionis du Séjour. Par chez lui, on sait ce que c'est, les râteaux. On les prend du bon côté, on s'en sert avec style, on ne marche pas dessus. Et, chez lui, c'est comme ça que ça se passe :

"Hier, un militant : "Jean, Sarko a inventé le râteau à une dent ! Qu'est ce que tu veux ratisser avec ça ? ". La remarque fait mouche."

Voilà qui fera partie des débats post-régionales, même si peu nombreux sont ceux qui veulent remettre en cause la stratégie d'unité menée depuis 2002. Ce soir, à la péniche "l'Equité", de Valérie Pécresse, aucun de ceux que j'ai interrogés - Patrick Karam, David Douillet, Yves Jego ou encore Frédéric Valletoux, porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse1 - n'entendait reconsidérer la stratégie. Le Nouveau Centre risque dans ce cas de se retrouver bien seul à débattre.

Il serait d'ailleurs précipité de juger de ces stratégies sur un simple résultat de régionales et ce, d'autant plus que l'on se souviendra aussi des longues années passées à tenter de faire "l'union de la droite" sous les vocables les plus divers et des soirées électorales passées à blâmer les divisions entre UDF et RPR.

Alors ? Alors, on a beaucoup entendu parler, de Dati à Copé, de "revenir aux fondamentaux", joli mot-valise dans lequel chacun pourra empaqueter ses propres fondamentaux. Jean-François Copé, l'un des premiers à s'exprimer, allait jusqu'à y placer la burqa. Pauvre droite. Si l'interdiction de la burqa est le premier de ses "fondamentaux" qui lui vient à l'esprit, elle se prépare d'autres déconvenues.

également publié sur lefigaro.fr

crédit photo : n@n@figue

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Notes

  1. interviews à venir sur koztoujours
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Mar 19th

Nous, fidèles, si nous le sommes…

Douloureuse ironie : en cette année sacerdotale et en plein carême, les prêtres, nos prêtres, pourraient dire qu'ils vivent une vraie montée au calvaire. Eux qui se sont engagés dans cette mission par amour du Christ et des hommes se voient collectivement suspectés du crime le plus ignoble qui se puisse concevoir : abuser de l'innocence, souiller l'enfance, ruiner des vies entières, tromper ses frères.

Le père de trois enfants que je suis n'oublie certainement pas que cette mise au pilori répond au martyr silencieux des enfants. Il voit ces scènes que l'on rapporte. Il imagine ses fils, il pense à sa fille.

Mais il voit aussi passer devant ses yeux les visages de tant de prêtres. Et parmi eux, des amis précieux. Arnaud, Laurent, Sylvain, Hugues, Armel, Pascal, Antoine, David, Yves, Emmanuel, Antoine, Jacques...

Combien sont-ils à parler si abondamment d'eux, sans seulement les connaître ?

Moi, je vois leurs visages, visages souriants, visages priants, visages de frères, visages de pères. Les visages d'hommes qui se sont mis au service entier de leurs frères et sœurs, des hommes qui ont fait le don intégral de leur vie. Ces hommes devraient porter le poids d'un insupportable soupçon, collectivement et individuellement ?

la suite se trouve sur Sacristains

Nous, fidèles, si nous le sommes...

Je le concède, le procédé est un peu déloyal mais, franchement, vous pensez que j'ai le temps d'écrire trois billets ?

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Mar 15th

Questions de mi-temps à mi-mandat

 Politique, élections régionales 2010, régionales, UMP,  PS, FN, ModemC'est une première mi-temps. Et ses résultats confirment les anticipations : le taux des abstentions, le score du Modem, celui du FN, peut-être plus surprenant toutefois. On pourrait se méfier de toute leçon générale tirée du résultat du premier tour d'un scrutin régional marqué par une si forte abstention. Quelques réactions, toutefois, placées sous la question du temps.

Quatrième scrutin en quatre ans

On peut broder sur la signification exacte de l'abstention. Désengagement, absence de perception des enjeux, rejet des orientations de l'exécutif, absence d'adhésion au bilan des régions. Et la lassitude des citoyens ? Les régionales sont le quatrième scrutin en quatre ans (si l'on excepte les législatives, qui se sont tenues de façon quasi-concomitante à la présidentielle). Les citoyens français développent-ils un intérêt suffisant pour la politique pour se mobiliser ainsi chaque année ? L'hystérisation de la politique, faite d'évocations répétées des heures sombres et d'appels à la résistance en détachent d'autres encore.

Du court-termisme en politique

La multiplicité des consultations pose une autre question : celle du court-termisme en politique et du rapport au temps. On connaissait le fameux "il faut laisser le temps au temps" de Mitterrand. On le jugeait anesthésiant. Depuis, le temps n'a plus le temps.

La politique a été frappée par son accélération comme tout autre domaine mais elle y a aussi mis sa touche propre : le passage au quinquennat a abrégé le temps politique et il faut ajouter, à ce raccourcissement du temps politique, cette succession de scrutins qui empêchent l'exécutif de développer son action sur un temps long, puisqu'il doit toujours prendre un scrutin qui s'annonce.

Par-dessus tout cela, on ajoutera les sondages, dont l'exécutif actuel est friand. Faut-il d'ailleurs s'étonner, dans ces conditions, que les sujets de la dette et des retraites ne soient envisagés que maintenant, alors qu'il n'y a pas de scrutins majeurs avant la prochaine présidentielle ? Cette situation est-elle bien saine, pour la conduite politique d'un pays ?

Le Modem paye le prix de sa contradiction ontologique

Retour aux régionales : ce scrutin aura vu le Modem payer le prix de sa contradiction ontologique. Girondin, parlementariste, le Modem n'est in fine qu'une écurie présidentielle. François Bayrou confirme qu'il ne vise que ce scrutin. Et ce soir a vu la réitération du scenario des municipales, quand les candidats Modem tentaient de valoriser leur apport de voix auprès du PS, qui n'avait pas besoin d'eux pour l'emporter. Ce soir, on n'entendait guère d'orateurs du PS vanter les vertus d'une stratégie d'alliance avec le Modem.

On aura une pensée particulière, également, pour Yann Werhling et Jean-Luc Benhamias, qui doivent regretter amèrement leur choix stratégique, lorsqu'ils se sont empressés de sauter sur un nouveau cheval, abandonnant les Verts à la veille de leurs plus gros succès électoraux.

Le PS relancé, mais jusqu'où ?

A gauche, le PS s'est également relancé. Certes, il ne s'agit que d'un scrutin, à la portée relative. Mais il s'agit du dernier scrutin avant les présidentielles, de la dernière consultation, figeant les rapports de forces avant les grandes manoeuvres de 2011-2012.

Au sein même du PS, les choses se sont peut-être encore compliquées. Martine Aubry sort confortée, mais Ségolène Royal peut se targuer d'un très beau score. La rivalité va perdurer, illustrée de façon un peu cocasse par cette volonté de Ségolène Royal d'enregistrer sa réaction au moment même où Martine Aubry s'exprimait.

FN : échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy

La bonne santé du Front National est une autre leçon de ce scrutin. On entendait Luc Chatel rappeler que le Front National n'était en fin de compte qu'à son niveau des dernières régionales. Mais c'est aussi souligner que la stratégie de Nicolas Sarkozy, déployée entretemps, n'aura eu aucun effet. Plus encore, on a la confirmation que ce débat sur l'identité nationale, lancé aussi pour contrer un FN ravigoté par les errements de la majorité de cet automne, n'aura pas permis de le contenir.

Aurait-il été plus haut encore ? Nul ne le sait. Mais il est, cette fois encore, en position de faire barrage à l'UMP. Comment ne pas y voir un échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy à son égard ?

Bientôt, la deuxième mi-temps... pour ouvrir sur une autre ère

On voit mal ce qui pourrait modifier ces constats d'ici la semaine prochaine. De retour aux vestiaires, les équipes vont se recomposer. Des tractations qui s'y dérouleront, entre Parti Socialiste et Europe Ecologie, qui devront céder sur des points essentiels (Iter en PACA, la LGV en Aquitaine), les électeurs ne sauront rien. Après la deuxième mi-temps de dimanche prochain, s'engagera un nouveau temps pour l'exécutif.

Le temps, peut-être, des réformes de fond. À autre temps, autres moeurs peut-être : Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il jouerait la partition de l'«apaisement pour pouvoir réformer».

également publié sur LeFigaro.fr
Photo de Môsieur J. sur Flick'r
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On ne pleurera pas les régionales

Géraldine, Philippe, Manuel, Nicolas, Françoise se sont abstenus aujourd'hui. Hier soir, à table, Claire, Benoît, Ariane s'interrogeaient encore sur leur vote comme, semble-t-il, 5 à 10% des Français, pendant que d'autres semblaient se résigner à voter. Et le sondage qui soulignait que les électeurs étaient avant tout préoccupés par les enjeux régionaux laisse dubitatif : est-ce une heureuse coïncidence de leurs préoccupations personnelles et des vrais enjeux, ou une inhabituelle extra-lucidité parmi les électeurs ? Car qui, dans votre entourage saurait citer les compétences régionales (sans les googler) ? Qui peut véritablement citer les actions précises de sa Région ?

Celui qui habite à côté du lycée rénové l'an dernier, peut-être. Celle dont la vue est bouchée par un panneau indique que «votre région finance l'aménagement de ce rond-point», aussi. Mais qui, pour donner la liste complète des compétences de la région ? Et quand bien même vous connaitriez cette liste, seriez-vous capable de dire si c'est la commune, le département, la région, ou l'État (sans évoquer l'Union européenne) qui a sauvé l'entreprise Dubois, fabricant de palettes à Saint-Truc-la-Forêt et les 50 emplois qui lui étaient attachés ? Le théâtre des Amandiers, à Nanterre : qui le finance ? La culture, c'est l'État. Oui, mais c'est la région aussi. Et la municipalité, la culture, c'est pas la municipalité ?

La région est donc une autre de ces strates de décisions méconnues, «souffrant d'un déficit de visibilité», selon l'expression consacrée. Et notre État jacobin l'entend peut-être d'ailleurs ainsi : les doter de compétences concurrentes à celles de l'État n'est pas la meilleure façon d'assurer la juste perception de leur action ? Au-delà, combien de régions peuvent se targuer de susciter un sentiment spontané d'adhésion ?

Alors oui, cette campagne aura été peu mobilisatrice. Et l'on s'en étonnerait ? Au-delà encore des raisons structurelles, elle ne s'est réveillée, tristement, que sous l'effet de polémiques parasites, qui ont couvert de leur relatif fracas tout débat sur les enjeux régionaux. Dans une heure, nous saurons probablement que la majorité présidentielle en paiera le prix. Mais l'exécutif n'est-il pas puni par où il a pêché ? Souvenons-nous qu'il a anticipé ces régionales par un pari risqué, en passe d'être perdu : le débat sur l'identité nationale. Débat de mauvais augure, mal lancé, mal mené, occultant les sujets de fond, nationaux comme régionaux, et qui n'aura peut-être même pas permis de contenir le Front national.

Pour finir : les médias... Les articles pédagogiques sur les compétences régionales et les enjeux du scrutin n'ont éclos que dans ces tous derniers jours. Pas de quoi recadrer le débat, alors qu'on pourrait rêver de médias volontaristes, créant l'intérêt des électeurs au lieu de le suivre. D'autant que les surprises ne sont pas exclues : les citoyens présumés désabusés ont déjà détrompé les prévisionnistes de l'audimat.

Compétences ignorées, enjeux méconnus, polémiques parasites, information déficiente, on ne fera pas grief aux citoyens de s'être détournés du scrutin. Et l'on ne pleurera pas ces régionales, débat amputé. On ne pleurera pas non plus les scrutins régionaux si, une fois la réforme des collectivités territoriales adoptée, on devait désormais voter pour des «territoriales» aux enjeux clarifiés. Si seulement ils l'étaient...

également publié sur LeFigaro.fr
Crédit photo : jean_baptiste soufron sur Flick'r
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Mar 12th

Menues informations

Camarades lecteurs, permettez-moi d'interrompre le cours habituel de ce blog pour vous communiquer deux éléments d'information. Tout d'abord, pour vous informer de mon programme dominical. Oui, bien sûr, tout d'abord, messe à Saint-Pierre Saint-Paul, mais ce n'est pas de cela que je voulais vous entretenir.

Le soir, j'irai communier à la grande ferveur citoyenne qui nous a tous étreints durant cette campagne régionale acharnée et pleine d'enseignements. Cette fois, je rebats un peu les cartes : je serai donc en direct du Figaro, sur le site duquel je devrais publier au minimum deux billets. Pourquoi Le Figaro et pas Libération ? Ne croyez pas que je sois sectaire, mais Libé ne m'a rien demandé. Et le bleu va mieux avec ma chemise.

Il s'agira donc dans un premier temps de publier un billet sur mon ressenti de la campagne avec, éventuellement, une légère anticipation, puis un billet sur la soirée électorale. A ce jour, il reste au moins une incertitude : les appels insistants d'Aubry et de Royal au vote sanction seront-ils entendus... et les présidents de région sortants, sortis ? Je confesse un doute même si je ne peux m'empêcher de relever leur surprenant fair-play. Je devrais également faire un tour sur la péniche de Valérie Pécresse, sur laquelle on m'a promis un accès à l'équipe de campagne. L'occasion, peut-être, de recueillir des informations utiles, avant de revenir éventuellement dans les locaux du Figaro finaliser mon dernier billet.

Je ne manquerai pas de vous indiquer, ici ou autrement, les billets que je publierai là-bas et vous y donne d'ores et déjà rendez-vous.

Deuxième information : puisque certains m'en ont fait la demande, à genoux, et en se lacérant la poitrine, arrêtez c'est gênant, vous trouverez ci-dessous ma chronique sur Hans Kung, pour RCF.

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Vous pouvez poursuivre votre parcours en allant visiter Nystagmus, qui a creusé la question en apportant des éléments de réponse factuels, réfutant notamment le c'est-un-faitisme sommaire de Frédéric Lenoir.

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Mar 8th

Le Küng, il ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît

Quelle tristesse, n'est-ce pas, de voir l'intelligence présumée d'un homme se noyer dans l'amertume et se perdre dans la plus simpliste, quoique véhémente critique... Mais loué sois-Tu en revanche Seigneur pour Leclerc et Trouiller !

Le premier cite un Ratzinger taquin qui, pour qualifier les écrits de Küng, trouva ce mot : "des courbettes !". Courbettes à qui ? Mais à l'opinion ! Mais aux medias ! Les interventions d'Hans Küng répondent à une figure médiatique si classique qu'elle en est tuante : l'insider, l'initié, le traître, peut-être. En politique, vous avez eu un temps Besson, aujourd'hui dévalorisé. Mais vous avez encore Villepin. Pour l'Eglise, les specimens sont identifiés de longue date et font d'ailleurs une belle carrière : c'est Christian Terras et Hans Küng. L'un et l'autre continuant à se dire catholiques malgré des désaccords majeurs et des comportements peu empreints de la fraternité qu'on attend, ils font le miel des journaux télévisés et de la presse.

Hans Küng s'offre ainsi une belle séquence médiatique, avec ce pontificat de Benoît XVI. L'Express, Le Monde (par trois fois - je ne reviendrai pas sur son article d'octobre dernier, ni sur son précédent), La Vie, les kungeries se vendent bien. Le Cardinal Sodano regrettait déjà l'an dernier une "critique amère" quand au contraire,"une critique fraternelle est toujours possible dans l'Eglise, depuis l'époque de saint Pierre et de saint Paul". Et l'on connaît d'ailleurs de grands saints qui avaient surtout de leur vivant, fraternellement admonesté l'Eglise. Mais lorsque la critique se fait systématique, fielleuse, pernicieuse et même, nous le verrons, malhonnête, comment l'homme peut-il prétendre incarner une vérité de l'Eglise que trahiraient successivement tous les papes ?

<!--La vengeance est un plat qui se mange froid, mais l'esprit de vengeance ne qualifie guère Küng en catholicisme-->Dans La Vie, qui lui offrait une tribune regrettable il y a moins d'un mois, tout y passait. L'énumération est d'ailleurs telle qu'elle en devient cocasse. Évidemment, il ne faut pas canoniser Pie XII. Mais, encore, Jean-Paul II - qu'il n'appelle que Wojtyla - ne serait pas un saint (il ne l'est d'ailleurs pas encore,  mon hansichou). Benoît XVI ? C'est simple, "en Allemagne, on est désormais gêné qu'il soit allemand" et, "comme pape, il a raté tous les tournants". On appréciera l'humilité de Küng qui, lui, les aurait discernés. Il faut dire que Benoît l'aurait "déçu". Quelle blague, quand il est si évident qu'il veut sa peau. C'est excessif ? Alors que nombreux sont ceux, et pas parmi les plus indulgents, à reconnaître l'intransigeance notable de Benoît XVI à l'égard des scandales de pédophilie, Hans Küng se démène comme un vilain diable pour le mouiller. La vengeance est un plat qui se mange froid - c'est à Josef Ratzinger qu'il doit son interdiction d'enseigner, en 1979 - mais l'esprit de vengeance, là encore, ne le qualifie guère en catholicisme.

Et le voilà qui profite de la sortie du deuxième tome de son autobiographie (on n'est jamais si bien servi que par soi-même, en toute humilité) pour marteler cette idée que Benoît XVI serait spécialement impliqué dans le scandale des prêtres pédophiles. Bien évidemment, L'Express ne pouvait que tendre une oreille complaisante et frétillante à "cette grande figure du catholicisme"1. Il faut croire qu'une fois ne suffisait pas. Dans Le Monde, ces derniers jours, au terme d'un article un brin simpliste et confus, il récidivait :

"Jusqu'à présent, presque aucun évêque n'a reconnu sa complicité2. Pourtant, chacun pourrait arguer qu'il n'a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements ("Epistula de delictis gravioribus"). Les cas d'abus sexuels y étaient placés sous "secret pontifical" ("Secretum pontificium") et classés comme offense relevant d'une punition ecclésiastique."

C'est là qu'intervient Natalia pour débusquer la malhonnêteté qui préside aux propos de Küng. Car le procédé est aisé : voyez comme déjà, d'ordinaire, dans tous domaines, on se reporte peu aux textes évoqués, même lorsqu'ils sont en français. Mais usez de votre autorité et renvoyez à un texte en latin, et vous pourrez sereinement lui faire dire ce qu'il ne dit pas.

<!--Pour Rome, il n'y a pas de fautes plus graves que les "délits contre les moeurs" commis par un "clerc avec un mineur de moins de dix-huit ans"-->Natalia souligne déjà l'incongruité de cette traduction : ainsi "de delictis gravioribus" se traduirait par "pénibles manquements" ? On peut être un calot en latin, et deviner malgré tout que "delictis" a un air de famille avec le bien connu "délit", et que "gravioribus" renvoie à "gravior" (grave) suivi du suffixe "ibus" (vachement). En l'espèce, il apparaît qu'il n'existe pas, en droit canon, de fautes plus graves.

Mais elle est allée plus loin, la coquine, et elle nous livre en exclusivité mondiale sur le web la traduction de ladite lettre solennelle en français. Il en ressort que, loin de prôner un étouffement des affaires, la Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge personnellement ces cas, traduisant ainsi l'importance qu'elle leur portait, qu'elle n'a d'ailleurs pas fait preuve de complaisance à leur égard, que le secret invoqué n'est que le pendant devant les tribunaux ecclésiastiques du "secret de l'instruction" et qu'il n'interdit en rien la saisine des tribunaux pénaux.

Enfin, il est prévu un report spécial de la prescription jusqu'à la majorité, en cas d'abus sur un mineur : en règle générale, pourtant, pour étouffer des affaires, on est plutôt porté à abréger les délais de prescription.

Ce bon Hans ne recule donc devant rien pour discréditer l'Eglise, impliquer à toutes forces Benoît XVI et Rome en général, alors que d'autres ont relevé comme Benoît XVI avait déjà montré sa détermination contre la pédophilie avant même d'être élu pape3.

*

Ce passage n'est qu'un acte de plus dans un article ambigu, par lequel Hans Küng affirme son goût prononcé pour le sens du vent, et du courant, en avançant : "pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres". Ah, on reste sur le cul : Dieu,  quelle impertinence (à l'égard du monde) ! Quelle originalité dans le propos ! Il nous fallait bien un Hans Küng pour oser une explication aussi inconoclaste ! Au répertoire des küngeries, elle occupera une belle place.

Il est pourtant vraiment regrettable d'aborder cette question effectivement pénible et douloureuse - et dans la gestion de laquelle l'Eglise a, effectivement, lourdement fauté - par une telle platitude, énoncée de surcroît de façon bien obscure. Car Hans Küng affirme dans le même temps qu'il sait que la pédophilie frappe également dans les milieux exempts de célibat et qu'il faudrait l'abolir, parce qu'elle serait la racine de tous les maux.

<!--Abolissons les célibat des profs, et des hommes mariés !-->Nous sommes d'accord sur le premier point et, comme je l'ai souvent dit, à eux l'honneur : on abolira le célibat des prêtres le jour où le célibat des professeurs aura été aboli ! Parce qu'une simple recherche internet souligne que les occurrences médiatiques de cas de pédophilies par des enseignants sont au moins comparables aux cas impliquant des prêtres. Tenez, le célèbre Vico (pas la purée, le pédophile), était enseignant.

Tant qu'on y sera, on abolira l'obligation du célibat des hommes mariés. Puisque l'abolition du célibat est une telle solution, et dans la mesure où 80% des actes pédophiles sont commis dans le cercle familial, il y a nécessairement quelque chose à faire de ce côté-là.

Mais Hans Küng me laisse perplexe4 car son article part sur des prémisses dont la logique m'échappe. Je vous le fais en quatre temps.

  1. le célibat est à la source : il faut l'abolir.
  2. certes, la corrélation entre pédophilie et célibat n'existe pas.
  3. mais comment expliquer que le problème soit "si massif" dans l'Église ?
  4. il faut abolir le célibat : il est à la source.

Vous l'aurez compris : Küng énonce manifestement un présupposé personnel, voire un dada - il faut abolir le célibat - en se saisissant de la pédophilie, avant de constater que la solution n'en est pas une et de s'en retourner vers la solution qui a le mérite de conforter son présupposé. A croire que l'essentiel serait d'abolir le célibat des prêtres plutôt que de lutter contre la pédophilie.

Reprenons sa question : "Mais pourquoi le phénomène est-il à ce point massif justement dans les Eglises catholiques dirigées par des hommes non mariés ?".

On peut déjà douter de cette affirmation péremptoire. Bien sûr, il ne nous a pas échappé que de nombreux cas se sont présentés. Mais,  faute de statistiques fiables, cette spécificité de l'Église catholique reste à démontrer5. Surtout, lorsque Küng s'interroge sur les explications à donner au nombre de cas de pédophilie dans l'Église, on aimerait qu'il fasse un petit effort d'imagination (osons le dire : de réflexion). Au lieu de cela, Küng souligne la difficulté puis s'empresse de faire demi-tour devant l'obstacle, et de revenir à la seule solution qui lui convienne.

Nous poursuivrons, pour notre part. Une première possibilité : si la corrélation entre pédophilie et célibat n'est pas établie, faudrait-il imaginer qu'il y ait, dans la doctrine catholique, un enseignement à ce point pervers qu'il entraîne irrésistiblement certains à faire des trucs aux petits garçons6 ? Ne m'en veuillez pas de ne pas développer : rendez-vous au bistrot, pour ceux que ça motive.

Une autre explication tiendrait dans la nature institutionnelle de l'Église, comme le souligne d'ailleurs Gérard Leclerc. Bien sûr, cela embarrasserait moins l'Église et, pour Hans, c'est fâcheux, mais cela pourrait englober aussi les cas dans l'Éducation Nationale.

<!--Si explication il doit y avoir, ne tiendrait-elle pas surtout dans le caractère institutionnel de l'Eglise ? -->On pourrait alors suggérer de dynamiter l'institution. Certains le feront. Mais là encore, je serai taquin : on la dynamitera le jour où l'on aura considéré que la seule solution à la pédophilie dans l'Education Nationale serait de dynamiter l'administration - si ce n'est l'Etat. D'ici là, on se permettra de penser que l'Eglise doit surtout s'organiser pour faire face aux travers de toute institution, dont elle n'a pas su se préserver alors même que l'on attend légitimement davantage d'elle que de l'Education Nationale.

Bien sûr, cette conclusion est moins révolutionnaire. Elle refuse de mettre à profit la souffrance des victimes pour faire avancer son agenda personnel. Elle se défie des courbettes aux medias et des diagnostics expéditifs de l'opinion publique. Elle a le défaut, pour Küng, de correspondre aux efforts que déploie Benoît XVI. Mais si par miracle, elle était juste, on aurait tort de s'en priver.*

Notes

  1. j'ignorais. Mais on ne peut pas tout savoir
  2. Hans Küng semble oublier les démissions fracassantes en Irlande
  3. voir à cet égard, pour un début, les deux références mentionnées plus haut
  4. si je puis dire
  5. ce qui ne signifie évidemment pas que les cas existants, même s'ils ne sont pas spécifiques à l'Église, ne soient pas tristes, douloureux et scandaleux
  6. entre autres, certes
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Mar 5th

Claude Allègre, l’imposture climatique ?

Si vous en êtes d'accord, vous serez les arbitres. J'ai un léger différend familial avec mon père qui, s'il n'en est pas moins mon père pour autant, a parfois tort. En l'occurrence, il s'évertue à trouver intéressants les plats propos de Claude Allègre. Je crains pour ma part d'y avoir déclaré une allergie.

Bien sûr, cela m'emmerde un peu. Parce que ça me classe notamment avec les écolos et avec un paquet de gens qui croient tenir là, et ailleurs, leur brevet de rectitude morale. Ca me met du côté du Monde, ou de Libération. Contre Valeurs Actuelles. Ca, c'est un peu la honte. Fort heureusement, il reste Marianne, qui me permet de me réconcilier avec l'idée que Allègre, c'est bien de la fumisterie, du poujadisme climatique. Et de me sermonner, vertement : être minoritaire n'est pas nécessairement le gage que l'on a raison. La majorité a parfois raison. Notamment quand j'en fais partie.

Et sur le réchauffement climatique, il faut dire qu'Allègre me brise les noix.

Remarquez, je n'y connais rien en réchauffement climatique. Comme Allègre, apparemment. Comme l'ensemble des personnes avec lesquelles je m'en entretiens soit dit en passant. Comme mon père. Oui, même mon père. Qui n'en est pas moins mon père, notez bien. C'est que, j'ai beau retourner le truc dans tous les sens1, j'ai la grosse impression que tout ceci est affaire de présupposés. Comme tout, me direz-vous. Mais plus que tout, vous répondrai-je. Fermez la parenthèse merde à la fin.

Bon, prenez les libéraux. Ok, Allègre a rejoint Sarkozy. Et l'on se souvient de sa sortie du QG de Sarko, à la dérobée. De son ample et chaloupée démarche, empruntant au Mammouth sa grâce printanière. Mais tout de même, voir Valeurs Actuelles chérir ainsi un ancien ministre de Lionel Jospin, ça vous laisse comme deux ronds de flan. Y'a anguille. Moi, qui ne suis que moi - certes, mais c'est déjà  ça2 - je ne peux pas m'empêcher que si les libéraux chérissent Allègre, c'est moins par souci de vérité scientifique, que par allergie à la règlementation. Or voilà, si on laisse l'homme entièrement libre de déterminer son comportement, et si l'origine humaine du réchauffement climatique est avérée, il est probable qu'un jour il jure, mais un peu tard, qu'on ne l'y reprendra plus. Alors de fait, on l'encadre un peu.

Vous me direz : de l'autre côté, c'est le goût de l'Etat, c'est le collectivisme, c'est l'intervention dans ma vie et celle du voisin. Ce serait un méfiance à l'égard de l'Homme. Sans aller, jusque-là, possible, ouais, qu'il y ait une méfiance vis-à-vis de la société de consommation. Un certain goût pour la sobriété.

Alors voilà, sur le climat, malheureusement, on part tous de quelques présupposés. Et, sauf surprise, l'immense majorité d'entre nous est incapable d'appuyer son avis sur une connaissance personnelle. Cela dit, tout de même...

Tout de même, il y a des petites choses, des indices, des éléments infimes mais qui suscitent ma méfiance. Il y a ce ton, cette mise en avant personnelle, mise en scène, auto-représentation en chevalier blanc pourfendant la pensée forcément unique, mise en scène qui dérive lorsque, comme le souligne Jade Lindgaard3, l'homme ne craint pas d'entamer son propos : "nous, les résistants". Et de faire un parallèle avec la résistance au nazisme ou au pouvoir soviétique. Faut-il aimer le burlesque ou n'avoir pas le sens du ridicule pour en arriver là !

Il y a dans tout ce scénario la marque habituelle du complotiste, fier de se draper dans le costume du martyre. Et "l'imposture climatique" de faire écho à "l'effroyable imposture". De renvoyer à ces diatribes contre ceux qui vous cachent tout, ne vous disent rien mais qui, c'est certain, s'organisent dans l'ombre.

Ridicule encore lorsque Dominique de Montvalon lui adresse ces questions empressées :

«Pourquoi? Parce que vous êtes foncièrement rebelle?», «Vous, ils n’ont pas réussi à vous “normaliser”!», «Vous êtes devenu un véritable “expert” en climat, ne vous en déplaise!», «Vous êtes décidément l’apôtre de la complexité»

Faut-il que l'esprit fin soit embrumé pour ne pas discerner là la complaisance et la flagornerie de son intervieweur.

Ridicule encore lorsque celui qui veut incarner la rigueur scientifique définit le GIEC, sa cible directe, l'instrument du grand complot, comme le "Groupement international pour l'étude du climat", alors qu'il s'agit du "Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat" (cf Le Monde). Moins amusante, et révélatrice d'un esprit plus petit qu'il ne voudrait le faire croire, cette pique inutile, déplacée, incongrue et puérile, lorsqu'il évoque

l'"incapacité (congénitale ?) des climatologues à maîtriser certaines méthodes statistiques"

On reprochait à l'article du Monde, le cent-fautes de Claude Allègre, de faire son marché dans les erreurs qui parsèmeraient le livre de Claude Allègre. Mais n'est-ce pas précisément ainsi que procède Claude Allègre  avec les travaux de la communauté scientifique ? Pour celui qui veut se parer des vertus scientifiques, n'est-il pas gênant par exemple de présenter comme le résultat d'un vote de "spécialistes américains du climat" celui de présentateurs météos des chaînes de télévision américaines ?

On s'amusera encore de l'aversion proclamée pour le principe de précaution de celui qui déclame définitivement : "un pays qui n'assume pas l'idée du risque n'avance plus. Le risque, c'est la vie", mais qui, lorsqu'il fut décisionnaire et non pas simple commentateur4, provoqua l'évacuation de 76.000 personnes autour de la Soufrière, contre l'avis d'Haroun Tazieff, qui soutenait que l'éruption serait sans danger... ce qui se confirma.

Mais il y a plus substantiel. On pourrait s'étonner que "l'apôtre de la complexité" emploie force comparaisons vulgarisatrices pour faire triompher son point de vue. Comme si finalement, il ne fallait qu'un peu de bon sens dans tout ça. D'ailleurs, il le soutient. Tant qu'à faire. C'est Jean-Louis Fellous (ancien responsable des programmes d'observation de la Terre du CNES et ancien directeur des recherches océaniques de l'Ifremer) qui lui répond :

"Imposture que d'affirmer qu'on peut prévoir, qu'on sait prévoir le climat qu'il fera dans un siècle. (…) On sait, au contraire, que la météo est imprévisible à plus de quatre jours, et parfois moins." Elève Allègre, vous êtes recalé ! Vous confondez (mais vous le faites exprès, je n'en doute pas) la prévision météorologique et la projection climatique. Un médecin serait imprudent de prévoir votre disparition à court terme. Mais il lui est facile d'affirmer que dans un siècle vous ne serez plus des nôtres (moi non plus, d'ailleurs). De même, la prévision déterministe du temps météorologique trouve ses limites dans une fourchette de 4 à 15 jours, selon la latitude. Mais on peut prédire la prochaine glaciation, rythmée par les oscillations de l'orbite terrestre sous l'influence des autres astres du système solaire. (...).

Autres erreurs relevées, lorsque Claude Allègre affirme que les climatologues attribueraient à un critère unique le réchauffement climatique, ou que le changement climatique serait le seul problème auquel l'humanité ait à faire face5.

D'ailleurs, on ne sait plus bien si c'est l'origine humaine ou carrément le réchauffement climatique que conteste Allègre, puisqu'il soutient que "l'on ne sait dans quel sens, finalement [le changement climatique] aura lieu". Mais comme le lui rappelle entre autres Jean-Louis Fellous,

"N'en déplaise à Claude Allègre, il n'y a pas de satellite climato-sceptique"

C'est que contrairement à ce que soutient Claude Allègre, il semblerait bien que le changement climatique soit mesuré, observé et quantifié. Et modélisé, en prenant compte, comme le souligne realclimate parmi d'autres points de divergences, d'éléments dont Claude Allègre affirme pourtant qu'ils seraient négligés :

"Mais il y a mieux : « Comme on ne sait pas bien comment se forment les nuages, on les néglige ! Comme on maîtrise mal le rôle des aérosols et des poussières, on les néglige ! » (p.104) C’est complètement faux. Nuages, aérosols et poussières (comme variations de l’irradiance solaire et éruptions volcaniques) sont tous pris en compte par les modèles actuels. Les modèles qui négligent l’influence de l’augmentation du CO2 n’arrivent pas à reproduire le réchauffement des derniers trente ans, et c’est précisément pour cette raison que le CO2 a été confirmé comme le responsable principal du réchauffement global."

Vous me le direz, pourtant je le sais :  je n'ai guère de points d'appui évidents pour justifier ma position - même mon radiateur est un mauvais indicateur - mais au pif, là, je le sens pas. A cause d'une foultitude de trucs qui coincent. A cause d'un boniment qui m'en rappellent bien d'autres, de ces bonimenteurs simplificateurs qui profitent de la complexité du sujet d'étude6 pour fourguer des idées simplistes et fausses. Et mon pif, d'après ma mère, est fiable. Pour sentir les gens, voyez. Alors, d'accord, c'est ma mère. Mais de la même manière qu'une idée n'est pas forcément fausse parce qu'elle est partagée par la majorité, ma mère a parfois raison en ce qui concerne mes grandes qualités. Et pour ce qui est de l'allègre imposteur, j'emprunterai sa conclusion à Jade Lingaard

"Si Claude Allègre a raison, rien de tout cela n’est très grave. Et la postérité lui reconnaîtra peut-être son mérite. Mais s’il a tort ? Il nous fait perdre un temps précieux. En retardant la mise en place de mesures qui permettraient dès aujourd’hui de réduire les gaz à effet de serre, il prend la responsabilité de mettre des vies humaines en péril."

*

Notes

  1. je parle du réchauffement climatique, donc, et plus de mon père
  2. pour les incultes, ça commence comme ça : "et moi, moi qui ne suis que moi / entre mendiant et roi / quand je rentre chez moi / je deviens comédien, mes espoirs, mes chagrins / je les laisse en chemin"
  3. attention, vous aboutissez sur le site de la section du Parti Socialiste de l'Île de Ré
  4. oui, oui, comme d'autres
  5. en oubliant l'eau, donc, puisque Claude Allègre aime à se faire passer pour l'un des rares lucides à en percevoir l'enjeu. Et pourtant
  6. comme, tiens, Etienne Chouard et la Constitution européenne
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Mar 1st

Régionales : ça branle dans le manche

Waterloo, morne plaine, il paraît. Je n'ai jamais foutu les pieds à Waterloo (Station exceptée). En revanche, j'ai tendance à anticiper la teneur de la soirée électorale du 20 mars prochain. L'objectif était pourtant atteignable : ne pas faire pire que la dernière fois.

Souvenez-vous du 28 mars 2004 : les régions françaises deviennent toutes roses, à l'exception de l'Alsace et de la Corse. 20 des 22 régions métropolitaines (24 des 26 régions françaises) passent ou restent à gauche ! La débâcle, la bérézina.

Partant presque de zéro, pour ces régionales, l'UMP devait pouvoir progresser. Eh ben non. C'est pas gagné. Car oui, elle peut le faire, elle peut perdre les deux régions restantes. Et, donc, ne plus gérer une seule région. C'est en tout cas ce qu'annoncent, de façon assez crédible, les derniers sondages publiés (ici pour l'Alsace, pour le Centre). Et l'on voit mal quelle dynamique pourrait faire basculer les régions du rose au bleu (quoique tous les sondages ne soient, évidemment, pas si univoques).

Ce sont d'ailleurs parmi les rares sondages que l'on voit poindre dans cette campagne1. Ah ça, nous qui protestons véhémentement contre la dictature des sondages, les bidonnages, leur sortie à un rythme effrénée durant les présidentielles, nous sommes sevrés ! Comme le notait Marianne2, à l'exception de l'Île-de-France et de sondages nationaux sans portée effective, c'est le blackout complet. Pourquoi cette omerta ? Le résultat pourrait-il être pire qu'un 26-0 si les électeurs de droite se démotivaient, abattus devant la sinistre issue qui s'avancent vers eux ?

En Île-de-France, Valérie Pécresse est certes donnée en tête au premier tout, mais la campagne patine tout spécialement. A supposer qu'elle ait jamais pris. Toujours est-il que, lorsque l'on sait que, pour ce scrutin comme pour les autres, il y a une prime aux sortants - même condamnés pour prise illégale d'intérêts - et que l'exécutif ne surfe pas actuellement sur une quelconque vague de popularité, même les plus optimistes voient mal ce qui pourrait motiver un basculement de la région.

Surtout lorsque le sortant refuse le débat. Quoi qu'il en soit, Valérie Pécresse est probablement trop techno, trop polie, pas assez catcheuse ni tribunitienne pour imprimer le mouvement nécessaire. Ce serait d'ailleurs une autre occasion de s'interroger sur la pertinence de la désignation des candidats par des primaires3.

Aujourd'hui, la déroute présumée vire même pathétique : on apprend que l'enjeu, désormais, pour Pécresse et Karoutchi, seraient la présidence du groupe d'opposition au Conseil Régional. C'est dire le niveau de confiance de la droite. Pire encore, le directeur de campagne de Valérie Pécresse aurait décidé de porter plainte contre un site qui s'acharnerait contre Valérie Pécresse4, et qui serait alimenté par... Roger Karoutchi. Enfin, sourions avec l'AFP... Ce dimanche soir, une dépêche annonçait cette information renversante, avant la séance de team-rebuilding de demain : "Sarkozy soutient Pécresse (UMP)". A croire, donc, qu'il était nécessaire de le réaffirmer.

La gauche, elle, est très mobilisée. Elle s'inquiètera, pour la forme, sur les derniers jours, que l'annonce d'une victoire évidente ne démobilise son électorat mais, bah, rien n'y fera. De l'autre côté, à droite, même si c'est une analyse au doigt mouillé, je ne sens pas l'électorat se déplacer avec un grand enthousiasme. C'est pas la grosse patate, et Nicolas Sarkozy en a tout de même fait quelques-unes dernièrement pour que son électorat ne se déplace que par devoir et conscience citoyenne.

Faut-il se plaindre de la déroute annoncée - à supposer qu'on ne soit pas de gauche ? L'ampleur possible est regrettable. De façon générale, on peut aussi se demander comment piloter un pays dans lequel l'Etat est d'un bord et l'ensemble des régions, du bord opposé, et avec la ferme intention d'user de ce levier. Pour autant, y-a-t-il réellement lieu de s'étonner - sans même compter l'effet de la crise - que l'électorat de droite ne soit pas spécialement primesautier et enthousiaste ?

*

Enfin... On nous dit, de toutes façons, que "les régionales ne passionnent pas les foules". Je ne dirai pas le contraire. D'ailleurs, nous étions quelques-uns, interviewés mercredi dernier à la République des Blogs, à délivrer ce même constat un rien ingénu : "les régionales ? Sur les blogs ? Comment dire ? Ca n'intéresse personne". Constat un brin ingénu parce qu'après tout, les blogueurs se font souvent forts d'éclairer le débat, et qu'il faut bien en donner quelques gages.

Alors, même si le suspense n'est pas à son comble pour ces régionales, jouons un peu et, pour commencer, une question préliminaire : qui connaît les compétences régionales ?

Eh oui, parce qu'il n'est pas très surprenant que les français s'intéressent peu aux régionales s'ils ne savent pas clairement ce que font les régions. Notez qu'au niveau supra-étatique, pour les européennes, on faisait le même constat de désintérêt. Il ne serait pas aberrant de considérer que cette faible lisibilité est un facteur de désintérêt.

Pour les régionales, cela devrait être plus évident, puisque la Région intervient à un niveau plus local, plus proche des citoyens. Pourtant, une rapide introspection révèle en moi l'étendue de mon ignorance. Et figurez-vous que j'ai la prétention de croire que, si je suis dans cet état lamentable, d'autres, peut-être... Alors voilà, aussi inintéressant cela soit-il, je me disais que, éventuellement...

Seulement voyez, ce n'est pas si simple (et ça ne va pas s'arranger). D'après le site vie-publique.fr, elles sont au nombre de cinq :

  • Développement économique;
  • Aménagement du territoire et planification;
  • Education, formation professionnelle;
  • Culture;
  • Santé.

Le site de la Région Paca se montre un peu plus détaillé et didactique. Il précise le fondement légal:

"L'article 59 de la Loi de 1982 définit strictement les champs d'intervention des conseils régionaux : "l'institution régionale a compétence pour promouvoir le développement économique et social, sanitaire, culturel et scientifique de son territoire et pour assurer la préservation de son identité, dans le respect de l'intégralité, de l'autonomie et des attributions des Départements et des Communes""

Il détaille également les chefs de compétence évoqués plus haut. Ainsi, la Région :

  • a une compétence connue sur les lycées. Elle en assure la construction et la rénovation, ainsi que l'équipement et l'entretien;
  • est compétente en matière de formation professionnelle et d'apprentissage;
  • participe au développement économique par l'attribution, notamment, d'aides aux TPE et PME;
  • file du blé et donne des conseils pour la culture;
  • fait des choses en matière environnementale;
  • et puis aussi dans les transports (sujet ô combien sensible pour l'Île-de-France);

Je commence à comprendre pourquoi les medias ne se battent pas pour nous faire de jolies infographies résumant les compétences de la Région, avec la finesse et le souci esthétique qui les caractérisent. Moi-même, là, j'ai failli me lasser.

Parce que, manifestement, il y a des compétences exclusives (les lycées) et nombre de compétences concurrentes, ce qui ne facilite pas, par définition, une vision claire des compétences respectives. Seule idée claire à laquelle se raccrocher : la Région a une compétence large et transversale. Oui, je sais, c'est maigre.

Mais allons bon, maintenant qu'on a vu ça, on peut commencer à rigoler. Avec L'Expansion, un peu. Avec Roger, surtout.5*

Notes

  1. si l'on s'éloigne de l'Île-de-France
  2. ouais, bon, hein
  3. et je le dis tout en ayant eu une préférence pour sa candidature
  4. ce qui semble se vérifier aisément
  5. l'illustration de l'article est de moi. Je tiens à le préciser, en vue de l'exploitation des droits
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Feb 21st

Le PS présente-t-il un délinquant en Ile-de-France ?

Cette question a l'air d'importuner tout le monde. Huchon "s'interroge", Pécresse ne commente pas. Et les accusés se font accusateurs. De surcroît, au vu de mes échanges sur twitter, je crains qu'un certain sens commun ne s'évanouisse. Sens commun ou décence ordinaire, pour prendre une expression popularisée dernièrement par Martine Aubry.

Quels sont les faits de cette polémique ? Francis Delattre et Axel Poniatowski affirment que Ali Soumaré, tête de liste PS dans le Val d'Oise, seraient un "délinquant multirécidiviste". Ils citent, à l'appui de cette accusation, plusieurs condamnations. Ali Soumaré aurait ainsi été condamné en 1999 à six mois de prison ferme, une procédure serait en cours pour des "violences ayant entraîné une ITT de moins de huit jours" commises en mai 2008. Deux autres faits dateraient de 2009 et concerneraient des faits de « conduite sans permis de conduire malgré injonction de restituer le permis de conduire » et « rébellion à agents de la force publique ».

Ali Soumaré a déclaré qu'il porterait plainte pour diffamation1, tout comme Jean-Paul Huchon.

Plus précis, L'Express.fr fait état d'un jugement du 13 octobre 2009 du Tribunal de Grande Instance de Pontoise, dont il a pris connaissance, ayant condamné Ali Soumaré pour rébellion à agents de la force publique à deux mois de prison ferme "compte tenu des condamnations déjà prononcées". Deux faits semblent donc établis, sauf à ce qu'on ne sache pas lire à L'Express : la condamnation du 13 octobre 2009, et l'existence d'autres condamnations.

Au demeurant, la défense plus que pusillanime du PS et de l'équipe Huchon laisse transparaître le malaise. Les voilà qui, soutenus par certains medias, mettent en cause la façon dont Delattre et Poniatowski ont pu avoir connaissance de ces condamnations. Diantre, quelle brillante défense ! Non seulement ils sont incapables d'affirmer simplement que ces accusations sont fausses (on ne leur demande même pas encore de le prouver), mais ils soulignent magistralement que ce n'est effectivement pas grâce à eux que les électeurs seront correctement informés sur ce candidat.

Même Ali Soumaré, sur son blog, ne parvient pas à affirmer que ces accusations seraient fausses. Et les réponses de son équipe de campagne sonnent même comme un aveu de leur véracité. C'est ainsi que, le 20 février au soir, son équipe écrit :

"Permettez enfin que l’on s’étonne des libertés prises avec la présomption d’innoncence quant au dernier fait reproché"2

Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre non seulement qu'une procédure est en cours et que, pour les autres faits reprochés, il n'y a plus de "présomption d'innocence" qui vaille. Soit Ali Soumaré a été condamné pour ces autres faits, soit il a été acquitté. Bon, moi, à leur place, dans ce dernier cas, je ne pourrais pas m'empêcher de le dire.

Il est alors étonnant de lire dans la presse que c'est l'équipe de Valérie Pécresse qui serait "embarrassée".

Outre le seul fait que l'on puisse présenter au suffrage un candidat apparemment condamné pour des faits graves, je suis sidéré par le traitement de cette affaire, et par la confusion morale dans laquelle se noient nombre de mes petits camarades.

1. Bien évidemment, au-dessus de tout cela plane le spectre du racisme, ce qui explique peut-être en partie le silence des medias et la discrétion de Valérie Pécresse. Delattre est en effet l'auteur d'une phrase d'une ambiguïté condamnable3 sur Ali Soumaré qui est, donc, Noir. Et ce seul fait devrait commander une appréciation différente de la situation. Ainsi, un Pierre Kanuty peut expliquer que l'on s'en prend à un homme qui symbolise la "gauche populaire des faubourgs". Si Kanuty peut difficilement être accusé de racisme, sa présentation n'en est pas moins stigmatisante : la "gauche populaire des faubourgs" sera probablement ravie de constater qu'on ne peut pas lui trouver de meilleur représentant. Quant aux habitants des cités, à ceux qui consentent les efforts nécessaires pour jouer le jeu de la République, ils seront ravis de voir que, lorsque le parti socialiste veut représenter "les quartiers", il ne parvient pas à trouver une "personne issue de la diversité" qui n'ait pas été condamnée à plusieurs reprises. On sortira de la ghettoïsation une autre fois.

2. On m'oppose aussi le cas de Balkany, condamné, condamné à une peine d'inéligibilité, puis réinvesti et réélu. Je peine à comprendre l'utilité de ce qui devrait être un contre-exemple. Si l'élection de Balkany est moralement choquante - ce qui est le cas - celle de Soumaré4 doit l'être tout autant. J'ai également exprimé ici ma satisfaction de voir Alain Carignon battu aux législatives. Donc, non seulement je ne crois pas être comptable de l'élection de Balkany mais le fait qu'"en face" ils ne soient pas clean ne m'a jamais paru être une raison suffisante pour s'autoriser des dérives.

Ainsi, les condamnations de chacun doivent légitimement être prises en compte, que ce soit les condamnations de Monsieur Balkany à quinze mois avec sursis, 200.000 francs d'amende, assorties d'inéligibilité et pour diffamation, ainsi que les vicissitudes morales de son retour à Levallois, ou que ce soit la condamnation à six mois de prison avec sursis de Monsieur Huchon et 60.000 € d'amende pour prise illégale d'intérêt, dans ses fonctions de Président du Conseil Régional5ou encore celles d'Ali Soumaré.

3.Vient ensuite la question de l'inéligibilité. Ali Soumaré n'aurait pas été condamné à une peine d'inéligibilité : que viendrait-on donc lui reprocher ? La réflexion me laisse pantois. Personne n'interdit à Monsieur Soumaré de se présenter - même s'il serait bien inspiré, si les faits sont confirmés, de se retirer. Mais le fait qu'il puisse se présenter à une élection n'enlève rien au fait qu'il ait été condamné. Et surtout, les électeurs ont le droit d'être informé d'un trait marquant de la personnalité du candidat. Libre à eux, ensuite, de voter néanmoins pour lui.

Dans d'autres pays, on tombe dans cet excès qu'un homme qui a trompé sa femme ne pourrait être candidat à une élection. On pourrait éviter, en France, de verser dans l'excès inverse, et considérer que des faits de vol aggravé et de violences ne devraient même pas être portés à la connaissance des électeurs... et qu'il serait plus grave, à en lire la presse et mes petits camarades, de les révéler que de les commettre.

Il faut dire aussi que, manifestement, il ne faut pas faire confiance à la presse pour nous informer sur ce coup-là. On l'a pourtant connue plus curieuse, et plus friande lorsqu'un début de polémique éventuelle concernant un membre de la majorité apparaît. Diffuser les informations nécessaires pour que les citoyens puissent voter en connaissance de cause, voilà qui semble pourtant entrer dans sa mission.

4. On m'avance enfin qu'évoquer ces condamnations, ce serait "salir l'honneur d'un homme" et faire peu de cas de la rédemption possible pour tout homme. Mais - si, encore une fois, les faits sont confirmés - Ali Soumaré n'a-t-il pas sali son honneur tout seul comme un grand ? Quant à la rédemption, il ne faut pas la confondre avec le laxisme et la permissivité. Si rédemption il y a, il faut à tout le moins que la personne montre qu'elle en emprunte le chemin. Or certains des faits qui lui sont reprochés sont récents, ce qui semble mal augurer d'une volonté fermement établie de modifier son comportement. Et la rédemption ne signifie pas que l'on passe d'emblée de "l'opprobre" à l'exemplarité que l'on doit attendre d'un élu6.

*

A la fin de ce billet, je m'étonne encore des circonvolutions nécessaires pour affirmer une idée simple : le droit évident pour les électeurs d'être informés sur des faits marquants de la personnalité d'un candidat, afin de voter en toute connaissance de cause. Sans compter le fait qu'une personne encore récemment condamnée "au nom de la République Française" ne serait guère qualifiée pour en devenir un élu.*

Notes

  1. rappelons que le fait, dans une campagne électorale, de mentionner une condamnation, même avérée, peut constituer une diffamation, dans l'hypothèse où les faits rapportés relèveraient de la vie privée - voir par exemple PARIS, corr. 11,section B, 13 Février 2003, n° 01/02967. Tout pourrait dépendre, ici, de l'appréciation qui serait portée de la nature privée ou publique des faits commis
  2. je souligne
  3. même si l'on s'amuse d'entendre des critiques émaner de ceux qui volent au secours de Georges Frêche
  4. si les faits sont bien confirmés
  5. confirmée en appel
  6. et que l'on soit trop souvent déçu n'y change rien
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Feb 14th

L’ »identité nationale », une identité française amputée ?

En décembre 2007, au Latran, Nicolas Sarkozy flattait des catholiques qui n'en demandaient pas tant. Avec surprise et perplexité, ils l'entendaient vanter, dans un univers lexical de début de (XXème) siècle, le curé que ne pourrait jamais remplacer l'instituteur.

Depuis, si l'on ne prenait garde à ne pas se faire trop sévère, on pourrait penser que Nicolas Sarkozy s'efforce d'illustrer les travers du laïcisme et du pharisianisme tout ensemble. Les signes extérieurs de spiritualité restent cantonnés dans un espace bien séparé du temporel. On peut ainsi exposer de grands élans d'affection (pour l'Eglise), de spiritualité (pour ne pas dire de foi) et n'en tirer aucune conséquence.

En un peu plus de six mois, les illustrations furent nombreuses1 et la perplexité s'est dissipée pour laisser place à l'inquiétude : tout ceci ne traduirait donc que la distance qu'il y a des grands discours aux actes ? De la coupe aux lèvres mais, peut-être, du capitole à la roche tarpéienne ?

Car ces derniers temps, l'Etat semble les négliger un peu, ces catholiques un temps vanté, ces catholiques au vote captif et qui feraient peut-être mieux de se montrer plus regardants.

Deux faits, ces derniers jours.

Prenez le débat sur la burqa. Il n'est tout de même pas anodin que l'épiscopat français, par le biais du Président du Conseil pour les relations interreligieuses, ait jugé nécessaire de préciser, par écrit, que :

il "regrette que la Mission n'ait pas cru bon entendre l'avis des responsables religieux chrétiens et juifs, alors qu'elle a reçu d'autres courants de pensée. La lettre qu' [il a] écrite au Président de la Mission aurait, au moins, mérité une réponse."

Personne n'en doute, j'en suis certain : sa position valait pourtant la peine d'être envisagée.

"Les citoyens français, et parmi eux les catholiques, ne doivent pas se laisser envahir par la peur et la théorie du choc des civilisations. Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l'islam, cherche à déstabiliser les démocraties"

Et puis prenez l'identité nationale. Si François Fillon affirme que, "si c'était à refaire, ils referaient les choses exactement de la même manière", Eric Besson se montre moins sûr de lui et concède - ce qui a été avancé depuis des semaines - qu'il aurait dû créer un "comité des sages" pour orienter le débat. Alors voilà, on s'est soudain avisés, après quatre mois de débats, de recevoir les représentants des diverses religions, dont Monseigneur Vingt-Trois. Il était bien temps...

Or, en sus de ces oublis pas forcément involontaires, il faut aussi noter les mesures proposées. On a l'organisation d'un autre débat autour de personnalités qualifiées, et puis on a des mesures dites symboliques. Disons-le, même si ce n'est pas vraiment le point, elles sont d'une effroyable banalité - on croyait même que certaines étaient déjà effectives - et l'on aimerait comprendre pourquoi il a fallu endurer ce débat pour décider : de hisser le drapeau sur chaque école, d'apprendre la Marseillaise à l'école2, afficher la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen dans toutes les classes...

Il est frappant de constater que l'horizon unique de ces mesures, c'est 1789. Une fois encore, il faut comprendre que la France n'a pas existé pendant les huit-neuf siècles précédents. Certes, nous parlons d'identité nationale et l'on vous citera spontanément et systématiquement Valmy comme étant la naissance de la Nation. Mais d'autres feront remonter bien avant la naissance d'un sentiment national. Ainsi l'éminente médiéviste Colette Beaune qui, dans Naissance de la nation France, voit dans la guerre de cent ans l'émergence de ce sentiment national. Il est saisissant de constater que, pour évoquer l'identité nationale, nous en soyons encore à borner notre horizon historique à quelques 200 ans. Comment peut-on prétendre construire ou plutôt révéler une identité nationale en en tronquant d'emblée une partie ?

N'est-ce pas, en fin de compte, vouloir ramener l'identité nationale à quelques grands principes, certes louables, mais si généraux et communément partagés3 qu'ils sont évidemment impuissants à caractériser une quelconque identité française ?

En fin de compte, après avoir imposé un débat mal ficelé, bouclé et bâclé dans l'urgence, source de trop nombreux dérapages et d'un climat délétère, l'exécutif n'assume pas ses conclusions et se rabat sur un consensus mou qui prévalait en fait avant même l'organisation du débat. Faudra-t-il s'étonner encore que l'on ne perçoive pas d'identité nationale française ?

L'identité française aujourd'hui, c'est aussi cette pathologie française : la division, et l'incapacité à porter un regard pacifié sur notre Histoire.

Qu'est-ce qui coince, au-delà de 1789 ? Il y a, bien sûr, la monarchie. Il y a aussi la religion catholique de cette France, fille aînée de l'Eglise... La crainte est trop grande que la reconnaissance de ces racines aboutissent à une volonté de prééminence. Alors on évoque une certaine identité nationale, qu'on ne pourra confondre avec l'identité française, et l'on ampute l'identité française de siècles d'Histoire, de siècles d'héritage, de siècles de racines.

Faut-il s'étonner qu'un pays incapable de vivre en paix avec son passé, d'assumer son héritage, dans ses pages nobles, comme dans ses pages obscures, abordent avec hargne et maladresse tant de débats actuels ? La France n'a pas fait son analyse, et ce n'est pas ce débat national travesti qui y contribuera.

Pourtant, avant d'être frappé d'oubli, qui avait déclaré :

"C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique."

Et, plus loin,

Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem." ?

Vous l'avez deviné.*

Notes

  1. de Christine Boutin remplacée par Nadine Morano, au travail dominical désormais appliqué à la sauvette dans de nombreuses communes - dont la mienne - au choix conscient de Frédéric Mitterrand, à ses errements moraux (de son soutien à Polanski à son comportement personnel), jusqu'à l'ouverture d'un débat aux relents "pas très catholiques"
  2. je l'ai apprise en CM2 il y a maintenant 25 ans...
  3. dans les pays occidentaux à tout le moins
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Feb 10th

Kiss-in : ceci est un panneau

Un "kiss-in" est organisé dimanche 14 février sur le parvis de Notre-Dame. Le principe du "kiss-in" ? Des personnes homosexuelles de tous sexes se réunissent et s'embrassent pendant cinq minutes dans le froid. L'idée ? Banaliser le fait que des personnes homosexuelles s'embrassent en public.

Et sur le parvis de Notre-Dame pour « interpeller l’Église, de questionner la religion sur la question de l’amour et du mariage entre gays et entre lesbiennes ». On ajoutera que c'est évidemment plus vendeur que le précédent kiss-in, organisé sur l'esplanade du Trocadéro, qui n'avait réuni que 20 personnes et était passé totalement inaperçu. Là, Eglise + homosexualité, à coup sûr, les caméras se déplaceront : ça fait déjà un sujet mais alors, avec un poil de chance, en plus, ça va castagner. On en frétille déjà.

On pourrait discuter de la pertinence du message : rouler des palots sur le parvis de Notre-Dame va-t-il vraiment contribuer à banaliser ce geste, ou va-t-il être plutôt perçu comme une provocation inutile ? Mais ce n'est pas ce qui m'amène à vous.

Figurez-vous que j'avais eu vent de cette manifestation, avant de passer à autre chose. Et puis, j'ai reçu un e-mail m'invitant à relayer autour de moi un appel à "défendre Notre-Dame". Le courriel est accompagné d'un joli visuel mêlant photo de l'île de la Cité et de la Vierge, frappé d'un "défendons Notre-Dame", qui me donnerait bien envie de botter le cul de ceux qui oseraient s'en prendre à elle. C'est d'ailleurs l'un des problèmes : résister à la tentation. Bref. Cet appel est porté par les principaux blogueurs d'une certaine tendance de l'Eglise, et de la politique française. Je ne les nommerai pas : à vous de bosser, un peu.

Dans ce mail, les organisateurs indiquent ceci :

"L’Eglise n’approuve pas les relations homosexuelles (qu’elle juge « désordonnées » et contraires au plan de Dieu pour l’homme) mais respecte et accueille toutes les personnes quel que soit leur comportement. Autant dire que ce « kiss in » contre l’homophobie devant la cathédrale de Paris est particulièrement malvenu"

Ceci est exact, à tout le moins pour la première phrase. L'Eglise porte en effet un message complexe, difficile à appréhender, désapprouvant le comportement tout en accueillant la personne.

Peut-on accueillir vraiment la personne tout en désapprouvant une des composantes essentielles de sa... personnalité ? Peut-on exiger d'une personne qui n'en fait pas le vœu qu'elle soit abstinente toute sa vie ? Et soit dit en passant, même si la facilité de ce genre de questions m'agace habituellement :  qui sommes-nous pour le faire ? Peut-on en somme condamner aux tourments moraux éternels une personne qui ne fait pas le choix de son comportement ? Et puis aussi : l'homosexualité est-elle affaire de volonté ? Et encore : l'homosexualité est-elle vraiment un risque, risque-t-elle vraiment de se "répandre" ?

Voilà, pour moi, un simple aperçu des questions que soulève le rapport de la religion catholique à l'homosexualité1, si l'on n'estime pas suffisant de se retrancher derrière la position du Magistère.

Et puis, il me semble aberrant d'organiser une telle contre-manifestation. C'est tomber dans un panneau plus grand que nature, malgré les néons, les avertisseurs et les pancartes annonçant en couleurs vives :  "ceci est un panneau". Cette contre-manif', les organisateurs du kiss-in l'attendent, ils l'espèrent.

Nos blogueurs pensent-ils vraiment qu'une contre-manifestation puisse être le lieu pour présenter une position nuancée ? Les organisateurs appellent à "répondre avec fermeté et courtoisie aux provocateurs !". Ah bah ? Parce qu'il faudrait, donc, "répondre à la provocation" ? C'est pas un synonyme de "tomber dans le panneau", ça ?

Et "répondre avec fermeté et courtoisie"... Sur le papier, sur l'email, je veux bien. D'autant que les organisateurs donnent rendez-vous préalablement à la messe, de sorte que l'on peut espérer que cela calme les esprits. Sauf à y voir une grande bénédiction avant de partir purifier le parvis. Mais surtout, en pratique ? En pratique, les esprits vont s'échauffer. En pratique, quelques jeunes bien coiffés vont vouloir donner de la voix. Ils vont nous trouver quelques slogans à crier. Les cameras vont s'approcher, isoler le groupe le plus vindicatif, pour faire de l'image. A trois mètres, quelques jeunes filles égrèneront leur chapelet, chanteront quelques "Je vous salue Marie" ou deux-trois de ces magnifiques "Chez nous soyez reine". On filmera, là encore, celles qui donneront le plus le sentiment de vouloir écarter le démon du parvis Jean-Paul II. Et, avec un peu de chance, quelques identitaires pour qui le christianisme est un patrimoine, pas une foi, tenteront de séparer des couples homosexuels, à supposer encore que leurs copains néo-païens ne se soient pas carrément donnés rendez-vous pour "casser du pédé".

Les images montreront des couples qui s'embrassent sans agresser personne, et des cathos nécessairement coincés, et/ou des jeunes pas nécessairement cathos mais que l'on prendra comme tel, tentant de bordéliser tout ça. L'impact médiatique sera désastreux et les catholiques paieront tous les pots cassés d'une initiative minoritaire, isolée et au déroulement ultra-prévisible.

Les organisateurs soutiennent également :

"Ne laissons pas certains groupuscules prendre la mauvaise habitude de venir nous insulter devant nos églises. Ils seraient tentés de le faire ensuite dedans comme l’a déjà fait Act up."

Si je puis me permettre cette observation : justement, ce n'est pas une dérive à craindre, c'est déjà fait. Et puis, deux choses : d'une part, les églises peuvent aussi fermer leurs portes le temps des manifestations2, d'autre part, que des groupes d'excités (au demeurant minoritaires) viennent donc de nouveau perturber une messe ou manifester dans une église, pour le coup, je suis loin d'être certain que la société leur sera favorable.

Seulement voilà, il faut résister à l'argument du "bon catholique" : celui qui ne laisserait pas Notre-Dame sans défense. Celui qui assumerait ses convictions. Qui défendrait le terrain. Mais bon, pour commencer là-dessus, je ne suis pas certain que le "bon catholique" doive participer de l'obsession ambiante sur la sexualité. Je ne suis pas certain non plus qu'il lui faille consacrer tant d'énergie à la question de l'homosexualité, pas foncièrement centrale dans la foi. Et puis, j'ai aussi un doute sur ce que serait fondamentalement un bon catholique. Ok, c'est casse-bonbons, mais il faut tout de même revenir au texte. Si l'on ne se réfugie pas derrière l'exemple unique et pratique des marchands du Temple pour s'accorder le droit de coller des bourre-pifs, il faut considérer ce passage-ci :

"Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers."

Ou encore, si l'on aime les grands moments, on pourrait penser à la Passion du Christ. Tiens, par exemple, Pierre avait de bonnes raisons d'être colère et pourtant Jésus lui a demandé d'arrêter de couper les oreilles des gardes. Quant au Christ, on le flagellait, on l'insultait, on lui crachait dessus, et lui ne répondait pas. Tout bien pesé, on pourrait carrément s'aventurer à imaginer que le bon catholique est celui qui imite le Christ, non ? Et je ne suis pas persuadé que "répondre à la provocation" soit vraiment au programme.

Bref, à supposer que l'on ressente autre chose que de l'indifférence polie envers l'agitation de dimanche prochain, que l'on veuille véritablement protester contre cette initiative, le mieux est encore l'ignorance, l'absence de réaction. En tout cas, n'y allez pas en pensant défendre l'Eglise.*

Notes

  1. dont je ne suis, pas plus que sur d'autres sujets, un spécialiste mais un observateur ordinaire
  2. lorsqu'elles sont annoncées
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Feb 7th

Avortement : la liberté de penser comme eux

Ce sont mes meilleurs clients. Je les aime, je les choierais volontiers. Ils s'étaient illustrés à mon égard d'une plaisante manière, pour ceux qui goûtent ironie, paradoxe et bouffonnerie. Souvenez-vous, se proclamant "voltairiens" sans rire un instant, même par courtoisie, ils refusaient fort dogmatiquement de lire mon billet sur l'euthanasie, accusé de dogmatisme.

C'est que nos parangons de liberté, nos amis libertaires, sont avant tout les champions de la liberté de penser... comme eux.

Quand les hérauts de la liberté du web appellent à "se débarrasser" d'un site...

Cette fois, c'est sur l'avortement que nos présomptueux camarades se sont illustrés. Faut-il y voir un effet de la Marche pour la Vie, qui a rencontré cette année un succès particulier ? En tout cas, les oppositions s'affolent. Et c'est par eux que j'ai découvert l'existence d'un site, IVG.net, anti-avortement ou pro-vie, c'est selon. L'adresse de ce site s'est mise à circuler, en même temps que les commentaires outrés. Sur ReadWriteWeb, un site vraiment très très attaché à la liberté, Fabrice Epelboin y consacrait un article. Il ne commençait pas si mal, en parlant d' :

"un pays où affirmer clairement que l’on est contre l’avortement suscite – au mieux – les railleries de (presque) tout le monde, au pire, un lynchage par une meute en colère."

Le tableau est lucide. Il est dommage que Fabrice n'en tire pas mieux les conséquences. Au lieu de cela, mes aïeux, tenez-vous bien au dentier, Fabrice poursuit en évoquant la manière sournoise dont le "mouvement pro-life" referait surface en France et en indiquant, sans lien aucun, que l'on y apprendrait que...

"si les aiguilles à tricoter et les opérations improvisées sur une table de cuisine n’ont plus cours, comme au bon vieux temps,"

on mourrait toutefois davantage dans l'année qui suit une IVG que la moyenne. Bon, puisqu'on a dit qu'on goûtait l'ironie, on ne pourra s'arrêter au sarcasme. Mais bref. Bref, il a été fait bruyamment grief à ce site de se présenter comme une émanation institutionnelle et de présenter un discours partial. Du gros, du lourd, ouh, du qui fait mal. Et moi, tel que je suis, j'adhère pleinement : présenter une association qui diffuse un message éminemment partial comme une émanation des institutions du pays, ça me défrise.

Parce que, dans ce milieu-là, on a des principes, et qu'on est farouchement attaché à la liberté, on a accumulé les reproches. Ce site abuserait du référencement. Ca, c'est du grief qui décoiffe : ivg.net aurait l'outrecuidance de savoir se servir du Net. Face à cette situation inacceptable, une opposition s'est dressée, fière et parée. Ainsi, sur le site zonezerogene.com, une blogueuse s'est enhardie. Alors qu'ailleurs, on vous présente le site comme ambigu, la dame vous explique que "le contenu tout entier de ce site témoignait d’un positionnement très clair « contre »  l’IVG". S'il n'y a ni ambiguïté ni confusion, où donc est le problème ?

A la suite de sa zélée indignation, la blogueuse a entrepris de contrer l'usage du référencement fait par ce site, et d'acheter des noms de domaine proches (sos-ivg.fr et sos-ivg.net). Démarches amusantes mais inefficaces : il suffit de chercher "IVG" dans Google pour trouver ce site sans trouver ceux qui sont censés réinformer les malheureuses qui se seraient égarées sur un site qui leur déconseille l'avortement.

Mais ne badinons pas sur des sujets graves. Oui, ce site ne devrait pas utiliser l"intitulé ambigu de "centre national d'écoute". Mais au-delà... ? Le numéro vert, nous dit-on ? Il serait fastidieux de dresser la liste des entreprises commerciales qui l'utilisent. Et puis, et puis, surtout, c'est oublier qu'une autre association, aux visées militantes et partiales, est en permanence soutenue par les pouvoirs publics. La promotion du planning familial est telle que nombreux sont ceux qui croient qu'il est une sous-direction du ministère de la Santé. Nous parlions de Fabrice. Il a eu, à tout le moins, la franchise de reconnaître qu'il

"pen­sai[t] sin­cè­re­ment que le plan­ning fami­lial était un bureau des hôpitaux publics et rien de plus, au même titre que les ser­vices d’accueils en can­cé­ro­lo­gie"1

Or, de la même manière qu'un court passage sur Ivg.net permet de comprendre que ce site est opposé à l'avortement, un bref passage sur le site du Planning Familial permet de comprendre que cette association militante privée est de celles et ceux qui considèrent qu'un avortement n'est que la libre disposition de leur corps par les femmes.

"La contraception et l'avortement sont des moyens indispensables aux femmes pour la libre disposition de leur corps et le libre choix de leur maternité. Le MFPF lutte pour que ces droits fondamentaux ne soient pas entamés par des pouvoirs masculins et sexistes."

Quoi que l'on me soutienne, je crois que je resterai de ceux qui refuseront de considérer qu'un fœtus est l'égal d'un rein et qu'en en disposant, les femmes ne fassent que disposer de leur corps.

Mais goûtons les paradoxes... Nous apprécierons donc en amateurs que Fabrice le héraut de liberté du Net, lui qui a l'oreille des réseaux "pirates" et hackers, Fabrice, le pourfendeur des "lois liberticides" Hadopi et Loppsi qui veulent encadrer le web, lance ni plus ni moins dans son billet un appel à "se débarrasser de ces sites". La liberté repassera.

Auparavant, il entendait rendre hommage à Simone Veil. Pourquoi pas. Dans ce cas, allons jusqu'au bout, et rendons hommage à celle qui, malgré le combat qu'elle a mené de bonne foi en 1975, a déclaré récemment :

"Il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s'agit d'un être vivant"

Que l'on revienne me dire que son élimination  n'est que le strict usage par les femmes de leur liberté à disposer de leur corps...

Et pourtant, cette association du Planning Familial, qui tient bien un discours idéologique, est constamment soutenue par les pouvoirs publics, qui vont jusqu'à subventionner ses campagnes de publicité,2 sans que cela suscite la moindre réticence chez nos hérauts de la liberté et du pluralisme. Alors, certes, par un mot, Ivg.net introduit une confusion regrettable, et ses animateurs gagneraient à l'ôter. Mais cette confusion incidente est-elle à la hauteur de celle qu'entretiennent volontairement le Planning Familial et les pouvoirs publics eux-mêmes quant à la mission exacte de cette association ?

... les petits marquis médiatiques en appellent à la démocratie contre les "gros cons"

L'actualité étant riche, du fait du dépôt du rapport de l'IGAS,  il s'est trouvé également qu'Eric Zemmour a consacré une chronique explosive à ce rapport et à l'évolution de l'IVG. Certes, Eric Zemmour a probablement le défaut d'être trop systématiquement polémique. Mais ne l'est-il pas surtout parce qu'il se permet de remettre en cause les nouveaux tabous ?

Mon sujet n'est pas tant de reprendre ses propos. Armagilus le fait bien. J'ai plutôt été amusé et édifié par les réactions que sa chronique a provoquées, chez les bien-pensants. Prenez Bruno-Roger Petit, ancien intervieweur télé, désormais chroniqueur du Post. Sa question est directement de s'interroger sur la pertinence de permettre à Eric Zemmour de tenir une chronique sur RTL. Le pluralisme repassera.

Et voilà Bruno Roger-Petit qui verse dans la plus réjouissante bouffonnerie en affirmant :

"On peut cependant estimer que lorsqu'une radio grand public, même privée, n'offre que le seul point de vue de Zemmour sur des sujets extrêmement sensibles, [permettez que j'ajoute quelques roulements de tambour pour que l'on prenne bien conscience de l'enjeu, tous ensemble]... c'est démocratiquement préoccupant."

Voyez-vous cela. Par inadvertance peut-être, un grand media français donne pour une fois la parole à un journaliste qui s'écarte de la doxa sur l'avortement, et voilà que cela serait "démocratiquement préoccupant". N'allez donc pas dire que vous trouvez démocratiquement préoccupant que les medias français n'offrent jamais sur ce sujet extrêmement sensible que le point de vue du Planning Familial, vous feriez semble-t-il une erreur de raisonnement.

Incidemment, on fera remarquer à M. Roger-Petit que cette rare et brève incursion médiatique hors du sentier balisé des raisonnements convenus a justifié qu'RTL accorde immédiatement un droit de réponse au Planning Familial. C'était le 4 février, Bruno Roger-Petit écrit le 5. Si quelqu'un peut lui passer le message que la démocratie est sauve, qu'il démonte les barricades...

Enfin, la fine fleur du journalisme français, celle qui occupe le poste de directeur de la rédaction de L'Express.fr, celle qui dénonce les "anathèmes" des autres, complète le tableau par une saillie drolatique de préau de collège.

*

Rendons, donc, cette grâce à Fabrice Epelboin. Il avait vu juste. La France est un pays dans lequel "affirmer clairement que l’on est contre l’avortement suscite – au mieux – les railleries de (presque) tout le monde, au pire, un lynchage par une meute en colère".

La chronique d'Eric Zemmour n'est d'ailleurs polémique que parce que le "droit à l'avortement" est devenu chose tabou. Le droit d'interrompre une grossesse est la nouvelle vache sacrée de notre société. Défense d'en rire.

Mais n'est-ce pas frappant de constater à quel point le seul fait d'émettre une opinion contraire  justifie tous les emballements, jusqu'à oublier tous ses principes, jusqu'à appeler à une vigilance dont on ne comprend pas la nécessité, dans ce pays dans lequel s'affirmer contre l'avortement suscite au mieux les railleries de presque tout le monde, jusqu'à en appeler à la démocratie, à se vautrer dans une fangieuse injure publique ?!

On vous rappellera que "l'avortement est un droit", jetant sur vous le soupçon du scandale. Pour un peu, on vous jugerait totalitaire, antidémocratique, en oubliant que les plus belles saloperies ont revêtu les atours de la légalité, en oubliant que le droit n'est pas forcément juste, qu'il n'est pas forcément bon. Avant d'aller, bien légitimement, contester d'autres lois.

Il faut avoir le goût du burlesque, pour apprécier.*

Notes

  1. notons aussi qu'il m'avait proposé de publier un billet sur ReadWriteWeb mais en fait, non, faut que je nourrisse ce blog
  2. en Île-de-France, par exemple
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Feb 5th

Toujours plus de publicités pourries & IRL

La publicité un art subtil
Mince alors, cela fait plus d’un mois que je n’ai pas eu l’occasion de déverser mon aigritude sur ce blog chatoyant et bigarré et, gisement épuisé mine de rien, ça commence à se ressentir dans mon quotidien. Tenez l’autre jour, une collègue m’a mise de force une photo de son enfant moche dans les mains. Quand elle a tourné son regard bovin vers moi, visiblement en attente d’un commentaire flatteur, ça a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase façon tsunami de film catastrophe !1 Je n’ai pas réussi à faire semblant d’être niais et toute ma vilainie accumulée lui a explosé à la face en CAPS_LOCK FURY "MAIS TON GOSSE EST HORRIBLEEEUH §§ IL A LA TRONCHE TELLEMENT RIDEE QU’ON POURRAIT LA CONFONDRE AVEC LES FESSES DE JEANNE CALMAN QUI AURAIT FAIT TREMPETTE DANS LA FLOTTE PENDANT TROIS JOUR §§ TU DEVRAIS AVOIR HONTE D’IMPOSER SA VISION AUX GENS §§ A CAUSE DE TOI JE VAIS DEVOIR ALLER ME NETTOYER LES YEUX DANS LES TOILETTES § OUI § TU AS BIEN ENTENDU § LA TETE DIRECTEMENT AU FOND DE LA CUVETTE ET EN TIRANT PLUSIEUR FOIS LA CHASSE PAR SECURITE §§". Ce que je fis. Depuis, je suis sans emploi et je daube le canard wc.

Pour éviter que ce genre de drame ne se répète trop souvent, mieux vaut que je déverse mon aigritude directement sur l’intraweb et dans ce domaine, rien n’égale la publicité, source d’inspiration inaltérable tellement le niveau de bêtise et d’hypocrisie y est abyssale (la preuve ici, , encore là, ici aussi, omg là encore). Bref, avant que je m’étouffe dans mon introduction, c’est parti pour quelques publicités nazes.



Champignon La publicité ouvertement hypocrite

Ah, les publicités pour les banques ! Celles-ci ont une place toute particulière dans mon classement mental des publicités pourries, je les mets juste entre les pubs pour sonneries de portables ("Olol mon téléphone fait prout ! Vivement 32-12 Diarrhée !!") et celles pour les produits ménagers et leurs doublages indignes d’un épisode des feu de l’amour, c’est dire. Du coup, lorsque j’ai vu la dernière publicité pour le crédit agricole, je n’en attendais pas grand chose à part un abîme de nullité crasse, probablement un bandeau de texte qui défile en tout petit et à fond la caisse en dessous plein de termes techniques imbitables pour t’expliquer que tu es en train de te faire enfler ("le taux de GSE-TSE passe a 3.75% selon l’indexation du LSA !!" Mais arrêtez de m’insulter !!!) et peut être une petite séquence comédie musicale ridicule (plus de 50% des pubs pour des banques en ont une, oui, je sors cette statistique de mon chapeau). Autant vous dire que je n’ai pas été déçu parce qu’en plus de tous ces éléments, cette publicité offre la séquence la plus hypocrite du monde du marketing, saurez vous la repérer ?


Vraiment, la liberté ? La chanson "Freedom" ("liberté" pour les deux trois lecteurs qui vomissent sur Shakespeare) ? Pour une carte qui permet de contracter des crédits ? oO ? J’ai beau être une grosse quiche lorraine question finance il y a deux trois trucs dont je suis sûr et la première c’est que les crédits bancaires c’est un peu tout l’inverse de la liberté ! Jusqu’à preuve du contraire, quand on contracte un crédit, à moins d’habiter poneyland, on est OBLIGE de le rembourser ensuite, avec des intérêt, le sourire et plus vite que ça saloperie de créancier ! Se retrouver OBLIGE de cracher au bassinet tous les mois parce qu’on a acheté l’intégral Dora l’exploratrice en DVD alors qu’on était à découvert, ce n’est pas la liberté, bien au contraire. Sachant cela, ce choix musical sonne comme un gros piège à idiots "Mais non mais non, les crédits c’est pas du tout un fil à la patte, la preuve, on chante et on danse la liberté, youpi tralala cotillons ! Ais confiance !".

Remarquez, je ne devrais pas être surpris, depuis qu’il existe des publicités vantant le côté écologique de gros 4x4 pourris je sais que l’hypocrisie n’a pas de limite quand il s’agit de vendre ! D’ailleurs j'attend avec impatience la prochaine campagne d’Action contre la faim, paraît qu’elle sera réalisée sur l’air de "Tiens, voilà du boudin" ! Ce choix musical est d’autant plus triste que cette publicité pourrait être totalement awesome, il suffirait simplement de remplacer la musique par un morceau nettement plus cohérent pour obtenir la première publicité sincère du monde :


Mention spéciale au grand moment de solitude de l’acteur "principal" qui a du mal à cacher son embarras lorsque sa banquière entame une danse façon tektonik du pauvre (il y a même une simili crise d’épilepsie en effet spécial à la fin pour faire plus vrai).

Publicité


Champignon Le message subliminal

Un message subliminal se cache dans cette publicité pour les voitures Toyota, attention, il n’est pas forcément facile à repérer si vous n’êtes pas un gros parano avec buff +5 en méfiance :


Comme pour la publicité du crédit agricole, toute la feinte réside dans la musique dont voici les paroles et leur traduction en fromage qui pue :

“Give a little time for the child within you, don't be afraid to be young and free.” / “Occupe toi un peu de l’enfant en toi, n’ai pas peur d’être jeune et libre !”

Je sais ce que vous allez me dire "Mais c’est meugnon comme chanson !! Qu’est ce que tu vas encore te plaindre sale nazi pédophile communiste !!1" ce à quoi je répondrais que ce n’est pas vrai, je ne suis pas sale, je me lave au moins une fois par mois et parfois plus quand il pleut ! En fait, le soucis n’est pas la chanson elle même mais le fait qu’elle soit associé à une publicité. Comme vous le savez, les publicitaires ne laissent aucun détail au hasard dans leurs spots (ils s’en gargarisent suffisamment eux même), il devient alors intéressant de se demander pourquoi le choix de tels paroles et le pourquoi pue légèrement des aisselles.

publicité fail
Pour faire vendre, les marketeux tentent toujours de jouer sur les émotions et non sur la raison. Dans leur monde idéal, chaque consommateur est un neuneu qui achète tout et n’importe quoi selon ses envies du moment (ou plutôt "quand on le lui dit") sans penser aux conséquences pratiques. Pour parvenir à enfoncer dans notre crâne cette logique débile quoi de mieux que de jouer sur la corde de "l’enfant qui sommeil en nous et qui ne pense pas aux conséquence parce que penser ça fait trop mal au crane et puis de toute façon c’est papa maman qui gèrent les problèmes :’(". L’ennui c’est qu’appliqué à une publicité de bagnole cela donne :

"Wouhou, je retombe en enfance ! Je suis jeune et libre !!! J’achète une voiture 15 000 euros sur un coup de tête c’est trop la fête ! Quoi, j’ai plus de sous pour payer mon loyer ?! OSEF, j’achète une tente Queshua et je dors dans le coffre ?? Plus d’argent pour la bouffe non plus ? OSEF², j’ai qu’a bouffer la roue de secours Rofltoyota !! Soyons jeunes et fresh !".

Personnellement, je trouve ça sournois et malsain. Je sais qu’en disant ça je vais me faire caillasser à coup de "Bouh, rabat joie ! Carpe Diem dans ta face !!" mais je reste persuader que vivre l’instant n’implique pas nécessairement de claquer connement son fric dans des bagnoles/vêtements/… parce qu’agir comme ça ouvre la porte aux crédits et donc à une forme de privation de liberté



Champignon Le slogan kipu

Zelda
Je suis très triste, je n’ai pas réussi à retrouver cette publicité en ligne. Il s’agit d’une pub pour le jeu DS Zelda Spirit Tracks. Au tout début du spot, une voix-off balance le slogan le plus ridicule evar :

"Un vrai héros se reconnaît à son équipement"
Gné ? Depuis quand l’héroisme d’une personne dépend de ses possessions ? Si je comprend bien il suffit que je file une grosse épée à Marc Dutroux ou Polpot la compote et hop, ça devient des héros c’est ça ? Soit les créateurs de cette publicité ont trop joués à WoW soit ils étaient rond comme des queue de pelle quand ils l’ont pondus. Un héros se juge selon ses actes, non selon la taille de son épée (pour les acteurs de pr0n c’est l’inverse) bordayl de fesse sinon les pompiers qui sauvent des gens des flammes ne seraient rien que des gros nazes quoiqu’ils ont de grosses lances à incendie… ! Logique capitaliste de mayrde !

Cocaine
Les créateurs de cette publicité en plein brainstorming.
Remarquez, une série de jeu qui ne porte même pas le nom de son héros, j’imagine qu’il doit compenser à coup d’armes disproportionnées… [/troll].

Bonus : en fouinant sur mon disque dur j’ai retrouvé l’extrait de Robot Chicken sur le thème de Zelda que j’avais sous-titré. Je l’ai réuploadé vu qu’il avait été honteusement supprimé de l’intraweb :




Champignon La boucle est bouclée



Une publicité télé pour faire la publicité de la publicité télé ! Quel concept incroyable ! En plus vous noterez le choix très judicieux des extraits présentés, on a quand même droit à la fameuse métaphore d'éjaculation de la pub orangina pleine de furry DEUX FOIS (ça serait dommage de la rater :') D'ailleurs je ne prend même pas la peine d'en parler, vu sa subtilité tout le monde à pigé ^^).

Yo dawg
C’est vraiment un concept puissant, promouvoir de la merde en utilisant cette même merde, ça doit être une forme de développement durable ! Vous imaginez le truc ? C’est un peu comme si les gens commençaient à se plaindre d’avoir trop de poubelles chez eux et que du coup, pour redorer leur blason, le syndicat des éboueurs allait déverser plusieurs tonnes de déchets supplémentaires dans leurs jardins en criant "les poubelles saytrocool !!" ! La logique est imparable.

En un sens, ce spot m’a vraiment fait plaisir. Si le syndicat des publicitaires se sent obliger de faire sa propre promo pour améliorer sa réputation ça veut peut être dire que les gens voient de plus en plus les publicités comme une nuisance et qu’elles sont donc de moins en moins efficace pour les lobotomiser. Oui, j’ai envie d’y croire, parfois je suis plus naïf qu’un bisounours qui vient de se faire un rail de coke (mais attention, un rail de coke arc en ciel) !



Champignon Le parlé neuneu


Si j’ai choisi de vous parler de cette publicité ce n’est pas pour la descente monstrueuse de Nicole Kidman (33cl en même pas deux gorgées, c’est tellement impressionnant que les secours qui sont intervenus suite aux inondations en Lousiane on pensé à un moment l’engager pour siphonner les caves) mais pour sa diction de neuneu. "What dit you [léger blanc] expect".

La pauvre malheureuse est une actrice de cinéma qui doit pourtant avoir l’habitude de mémoriser de long texte mais elle se viande lamentablement sur quatre pauvres mots ! Pourquoi ? J’imagine ce qui a dû se passer dans sa tête à se moment là "What did you "OMG OMG j’ai complètement oublié la fin de ma phrase !! OMG, en plus j’ai failli m’étouffer avec le ice tea ! Rhâ faut que je trouve quoi dire sinon je vais devoir en boire encore et encore jusqu’à vomir !! Pense bon sang, pense, cette phrase doit bien avoir une chute logique *gniiiiiii* ah c’est bon, j’ai trouvé :’)" expect !

Promo fail
Et si ce défaut de diction était volontaire ? Après tout, rien n’empêche le réalisateur du spot de faire plusieurs prises si le texte est mal dit non ? Il y a quelques jours je suis tombé sur une publicité qui a potentiellement dissiper mes doutes là dessus. Je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver la vidéo en ligne, il s’agissait d’une pub pour une marque de cosmétique dont ma mémoire en mousse à zapper le nom. Le découpage du spot faisait que la voix de l’actrice qui présentait le spot apparaissait "hâché" avec des pauses pas naturelles du tout au beau milieu de phrases dans le style : "Ce rouge à [pause] lèvres est le [pause] plus beau de l’univers !". Le truc magique c’est que cela est parvenu à capter mon attention alors que je faisais autre chose, en créant un décalage, une rupture dans la normalité, on oblige le spectateur à prêter attention à ce qui se raconte.

Ca doit être la même logique qui pousse à faire des doublages totalement foireux pour les pubs de produits vaisselles ou de dentifrice. L’ennui c’est qu’un doublage foireux ca ne marche que si les gens regarde or, les pub, c’est surtout l’occasion de faire une pause caca du coup il faut miser sur le son. C’est la que la diction hachée entre en jeu. Subtil et neuneu à la fois.



Vers l'infini
Ouf, fini ! Je suis encore une fois pas mal rouillé à force de glandouiller du coup la reprise est rude. Je suis d’ailleurs désolé d’écrire aussi peu en ce moment, ce n’est pas par manque d’inspiration mais plus de motivation. J’espère retrouver mon groove un jour… En attendant pour patienter j’ai mis à jour la galerie et je vous rappelle que vous pouvez me proposer vos articles invités :)

Baisse les yeux


IRL 42
Pour fêter ses 1 an d’existence, la rédaction de 42 organise une IRL le week-end du 20-21 février à Paris. La plupart des rédacteurs seront présent pour discuter, signer des autographes, vous faire l’amour si vous êtes un poney (et si vous êtes sage). Moi et mon égo seront également présent ! Bref, si vous voulez plus d’infos et vous inscrire direction le forum 42. Par la même occasion profitez en pour télédowncharger le dernier numéro de 42 spécialement dédié aux awesome pirates !!

Jan 31st

Le don, c’est bon

Le blog a aussi cet intérêt : pouvoir y écrire ce que je n'ai pas réussi à dire. Il y a seulement quelques soir, je participais, à l'invitation de Jean- Christophe Fromantin et de Mgr Nicolas Brouwez, à une rencontre sur le don et la gratuité dans l'encyclique Caritas in Veritate. Or, j'étais en trop bonne compagnie 1 pour couper abruptement la parole de quiconque sans ajouter au risque habituel de dire une ânerie en public, celui d'empêcher plus malin que moi de parler.

Denis Sureau a introduit la soirée en soulignant notamment l'insistance de Benoît XVI sur l'imbrication du naturel et du surnaturel, précision étant faite que le surnaturel, pour l'Eglise, est constitué par ce qui ne s'explique pas par des facteurs naturels. Il ne s'agit donc pas uniquement des miracles mais aussi et en l'occurrence de la charité.

Il faut, de façon préliminaire, écarter la conception viciée de la charité qui semble être très largement partagée aujourd'hui, celle d'une générosité condescendante et finalement égoïste. Au demeurant, Benoît XVI le souligne d'emblée : "je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l'exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d'en empêcher la juste mise en valeur". La charité, c'est l'amour. Et la charité chrétienne doit être orientée par la vérité.

Car,

"Dépourvu de vérité, l'amour bascule dans le sentimentalisme"

Pour ce qui concerne strictement le christianisme, Benoît XVI a cette formule :

"Un christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une incidence marginale"

Benoît XVI insiste fortement sur le fait que la charité ne peut pas être une préoccupation (ou une joie) parallèle ou, comme le disait Denis Sureau, un simple "supplément d'âme", ce que l'on ferait en plus de notre activité habituelle. A titre d'exemple, un financier chrétien ne devra pas se satisfaire de diriger un "fonds éthique", mais bien plutôt insuffler la charité dans toute son activité financière. Si l'exemple du financier s'impose pour des raisons conjoncturelles, chacun aura compris que cette attitude se décline de l'avocat à la crémière, du tourneur-fraiseur au sénateur.

C'est ainsi que Benoît XVI souligne que :

"La charité n'est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé de diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin."

Il s'agit donc de savoir placer le don et la gratuité au cœur de nos vies. Et d'une. Mais attention, et de deux : au-delà de nous, il s'agit de aussi de placer la gratuité au cœur du système. Ouais... Je sais. Mais on n'obtient rien avec des objectifs médiocres.

Bien évidemment, avant de venir, je m'étais acquitté de mes devoirs, et avais relu frénétiquement Caritas in Veritate. Et un point, à cet égard, m'a frappé plus qu'à la première lecture. Il s'agit en quelque sorte de la dimension tridimensionnelle qui nous est proposée par l'encyclique. Il n'y a là, évidemment, rien de bien surprenant, puisque la foi introduit une transcendance, puisqu'elle introduit nécessairement une autre personne dans nos relations humaines. Il est ainsi logique qu'à nos relations horizontales s'ajoute une relation verticale, et pas incohérent que cette dimension s'illustre dans l'exercice de la charité.

Mais l'encyclique insiste justement sur ce sujet, d'une façon qui souligne, à mon sens, les schémas mentaux dans lesquels nous évoluons.

Ainsi, deux domaines de connaissance structurent notre culture, à moins qu'ils ne la révèlent : l'économie, et le droit. Or, force est de constater que l'un comme l'autre exigent une contrepartie dans les rapports humains.

Nous vivons dans une économie de marché, dont le fonctionnement suppose un échange. Et nous vivons dans un schéma juridique qui  exige la réciprocité. Il existe certes des actes unilatéraux mais la norme réside dans le "contrat synallagmatique", c'est-à-dire un contrat marqué par des obligations réciproques2.

Bien évidemment, économie et droit sont étroitement imbriqués et le schéma contractuel qui nous marque renvoie aussi à l'organisation économique du système de marché3.

Or, ces domaines ne finissent-ils pas par structurer excessivement notre pensée ? Ne finissent-ils pas par imposer leur empire, de sorte que toute relation n'est plus perçue que comme un échange et que l'on suspecte tout acte qui n'aurait pas de contrepartie évidente4 ?

Et précisément, Caritas in Veritate casse ce schéma et remet l'Homme au centre de toute chose. Elle rappelle qu'économie et droit ne sont que des disciplines contingentes, qu'elles n'ont aucune prééminence. Ce que l'encyclique dit ainsi :

"La conviction de l'exigence d'autonomie de l'économie, qui ne doit pas tolérer d'"influences" de caractère moral, a conduit l'homme à abuser de l'instrument économique y compris de façon destructrice"

Ailleurs, Caritas in Veritate souligne que :

"La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion."

En somme, ne nous laissons pas voler notre histoire par des outils. Or, n'avons-nous pas tendance à nous faire dicter notre perception, nos réactions, par ces cadres d'analyse ?

Caritas in Veritate appelle à une "civilisation de l'économie" :

"La charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu'il faut donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l'échange des équivalents et du profit comme but en soi"

*

J'ai suivi deux soirées consacrées au don et à la gratuité. Deux soirées d'un certain niveau5. Chaque fois le débat venait sur la question de la réelle gratuité du don.

On explique, par exemple, que le "sourire de la crémière" a des relents commerciaux. On dissèque chaque don pour y trouver une contrepartie. Et ce jusqu'à pointer, comme une ultime contrepartie, le contentement de la personne qui donne. C'est que nous parlons de don dans la société du soupçon, à l'ère du cynisme. Rien ne doit y résister. Tout est décortiqué. Question de réalisme, de lucidité, pense-t-on. Mais jusqu'à quel point cette prétendue lucidité n'est-elle pas délétère ?6

J'y ai fait référence plusieurs fois : lors d'une soirée qui s'est tenue il y a deux ans, Emmanuel Faber, se disant hanté par la question de la bonne conscience, expliquait ceci

"Essayer de chercher la gratuité dans le don est un chemin qui ne mène nulle part. J'ai résolu de mener le chemin d'imperfection qui est de considérer que le don est un échange"

Cette réponse m'a tout d'abord convaincu, avant de la trouver insatisfaisante. Pourquoi cette résignation ? Pourquoi ce sentiment d'incomplétude, d'imperfection ? Pourquoi considérer le don comme un échange serait un chemin d'imperfection7 ?

Lors de cette précédente soirée, Michaël Londsdale s'étonnait candidement de questions posées autour du pouvoir que nous donnerait le don sur les autres. Sa réponse pouvait sembler simpliste, mais la sagesse n'a pas nécessairement besoin d'être compliquée :

"C'est pas bien méchant. Il vaut mieux donner et se sentir fier de soi, être un peu orgueilleux, que ne pas donner"

Monseigneur Brouwet concluait notre soirée en soulignant que le cœur de l'Homme est fait pour le don. Donner procure une satisfaction, la satisfaction de nous conformer à notre nature profonde. Pourquoi pas ?! Pourquoi faudrait-il que le don comme échange soit un chemin d'"imperfection" ? Que le fait de se sentir rétribué par un peu de fierté soit une déchéance du don ? Pourquoi ne pas accepter simplement cette joie de donner ?

*

Il convient donc de laisser une voie ouverte à la charité. Une charité personnelle, certes, en écartant le soupçon trop scrupuleux qui rôde inutilement. Mais une charité à introduire également dans le système.

Et avouons-le, c'est probablement par là qu'a, assez logiquement, pêché cette soirée, puisque nous nous sommes arrêtés après avoir constaté que nous pouvions à peu près distinguer ce que devrait être notre charité personnelle, au moment où l'on abordait la nécessité d'introduire la charité au cœur du système. Voilà un véritable défi, voilà qui devrait faire l'objet d'une prochaine réflexion.

**

Et précisons que l'illustration est le logo du don du sang, qui n'a rien contre un peu de charité de notre part à tous.*

Notes

  1. nous étions une quinzaine, avec notamment Denis Badré, sénateur-maire de Ville d'Avray, son fils, Bertrand Badré, Directeur des Finances du Crédit Agricole et trésorier des Semaines Sociales de France, Geoffroy Roux de Bézieux, président de l'Unedic et vide-président de Pôle Emploi, ainsi que quelques dirigeants d'entreprise et hauts fonctionnaires
  2. on pourrait nuancer le propos en évoquant les libéralités
  3. même s'il précède de loin toute théorisation de l'économie de marché
  4. On pourrait poser la question de savoir si ces domaines se contentent d'organiser, ou de constater, un système existant ou s'ils le suscitent. Voire si, plus probablement, ils ne commencent pas par constater avant de structurer. Mais bon, hein, je doute qu'on sorte la réponse du chapeau et si on continue de poser des tas de question, on n'aura jamais le temps d'apporter la moindre réponse. Alors, de la discipline, bordel.
  5. et je ne parle pas du mien mais des personnes qui s'exprimaient
  6. Et je sais à quoi vous pensez, hein : mon dernier billet sur la people-charity. Mais je vous le dis tout de suite et on s'en contentera pour le moment : ce n'est pas pareil
  7. en supposant que ce que l'on échange peut être ce sentiment de satisfaction d'avoir donné
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